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Une voie antique de Rohan à Josselin ?




Introduction

Une série d'indices, notamment une section de voie fossilisée dans le bois du Quengo à Rohan, permettent de penser qu'une voie antique, a peut-être existé entre Rohan et Josselin.

Une voie en surélévation dans le bois du Quengo

À 500m à l'est de Rohan, en suivant l'actuelle Impasse du Quengo vers l'est, on laisse le manoir du Quengo (XVe siècle) à 150m au sud. L'impasse se poursuit vers l'est par un chemin puis un sentier. Au bout de 100m, on peut voir que le sentier actuel a été précédé d'un autre chemin, à 20m à l'est, en surélévation dans le bois.


Chemin en surélévation dans le bois du Quengo

Ce chemin en surélévation n'apparaît pas dans le cadastre de Saint-Samson de 1841. En revanche, une continuation apparaît dans le cadastre de Bréhan de 1841 qui mentionne un Ancien chemin du bourg (Bréhan) à Rohan. Peu avant le ruisseau du Quengo, ce chemin change brutalement de direction pour aller franchir le ruisseau à au Pas de la Colombière (cadastre de Saint-Samson de 1841, section C3). Il rejoint ensuite Rohan en longeant le ruisseau (Chemin de Boval dans le cadastre). Il arrive juste au sud du Manoir de Quengo où il rejoint l'Avenue du Quengo qui suit une direction sud jusqu'à l'Oust et se prolonge par un chemin qui rejoint Rohan en longeant la rivière.

Cet ancien chemin de Rohan à Bréhan a été précédé d'un autre encore plus ancien, le chemin en surélévation dans le bois du Quengo qui se dirige tout droit vers le ruisseau pour le franchir à 100m au sud-ouest du Pas de la Colombière. Au sud du ruisseau, le cadastre de Bréhan de 1841 montre la continuation sous la forme d'une limite de parcellaire qu'on peut suivre sur 2km jusqu'au niveau de l'Abbaye de Timadeuc.

Après une interruption de 1km, le chemin réapparaît à partir de Queuvré. Il est appelé Ancienne route de Rohan à Josselin dans le cadastre de Bréhan de 1841 (sections H1 et G5). À la chapelle Saint-Yves, on a une rupture de direction pour l'ancienne route de Josselin. Il est probable que le chemin primitif correspondait au Chemin de St-Yves au Bois indiqué dans le cadastre. On y trouve également la mention Jeannette des soldats (section G5). Appelé également Camp de César, c'est une enceinte rectangulaire de 50m x 40m. Vers 1860, des urnes cinéraires auraient été trouvées à proximité. [1, p. 92].

Les traces d'une voie apparaissent sur les photos satellites, à 70m à l'est du Camp de César. La section G5 du cadastre de 1841 indique des "Aciens retranchements" qui ont été décrits localement comme un large chemin, bordé de forts talus, par lequel on allait abreuver les chevaux à la rivière.


Voie antique probable près de la Jeannette des soldats (photos satellites IGN 2000-2005)

Les retranchements indiqués dans le cadastre de 1841 ressemblent plus à une ancienne voie qu'à des fortifications. L'érosion a pu creuser la voie et la faire ressembler à un fossé fortifié. Dans le prolongement, les traces de la voie sont visibles sur les photos satellites 2026. La voie se dirige tout droit vers le village des Bois au bord de l'Oust.


Voie antique probable près de la Jeannette des soldats (photos satellites IGN 2026)

Pour le franchissement de l'Oust, on ne peut que faire des suppositions. La voie venant du nord pouvait franchir l'Oust au village Bois puis continuer vers Pleugriffet. À cet endroit, elle pouvait aussi se diviser, une branche allant vers Pleugriffet en franchissant l'Oust, une autre allant dans la direction de Josselin en franchissant le Lié au Moulin de Camper, près du Manoir de Camper.

Après le Moulin de Camper, le cadastre des Forges de 1830 indique un chemin chemin bien aligné sur le parcellaire. Il passe par la Motte et les Chatieux. Il est large de 10 à 15m et s'arrête au nord du Péer. Au Péer, un "trésor" a été découvert. Il s'agit d'un vase contenant 8000 monnaies, certaines étant du IIIe siècle (Bulletin de la Société polymatique du Morbihan, juillet 1961, pages 19 et 22).

En poursuivant vers le sud-est, on retrouve après la Ville Mainguy un chemin large d'environ 15m qui croise au même endroit l'actuelle D778 et la voie romaine Vannes-Corseul.

Après le franchissement de la voie Vannes-Corseul, une voie d'apparence antique a été répérée sur 400m par P. Naas en 1996. Elle est bien visible sur les photos aériennes [2, pp. 119-123 du PDF]. Il s'agit peut-être d'un diverticule reliant la voie Vannes-Corseul à un établissement gallo-romain. Il s'agit peut-être aussi d'une voie. Dans ce cas, elle passerait entre les Buttes et Guillerien pour continuer, soit dans la direction de la Grée-Saint-Laurent, soit dans celle de Josselin.

Si on envisage une continuation vers Josselin, elle pourrait rejoindre la D778 à la Bagatelle puis continuer par la Ville Aubert et contourner Josselin par le nord en passant par le Pont Mareuc.

La bataille de Cadoret

Cette voie hypothétique entre Rohan et Josselin est à mettre en relation avec la bataille de Cadoret qui s'est déroulée le 17 juin 1345. La bataille survient après la prise de Quimper par Charles de Blois en 1344. Pour tenter de reprendre Quimper, le roi d'Angleterre Édouard III envoie une armée en Bretagne. Elle part de Portsmouth vraisemblablement le 7 juin 1345 et arrive à Brest quelques jours plus tard. Une des compagnies est sous le commandement de Thomas Dagworth et prend la direction de Ploërmel et Rennes. Le but est d'obliger le camp de Charles de Blois à délaisser Quimper et la basse Bretagne pour aller défendre la haute Bretagne. Dagworth traverse ainsi la Bretagne d'ouest en est en passant vraisemblablement par Carhaix. Il arrive dans la Lande Cadoret située à 1km au sud-est du confluent de l'Oust et du Lié, et à 8km au nord-ouest de Josselin. C'est là qu'il se retrouve face à l'armée de Charles de Blois.

La bataille a été décrite de manière très succincte et uniquement par les historiens anglais, notamment Walsingham. Ces écrits anglais ont ensuite été repris par les historiens bretons, notamment Bertrand d'Argentré (1519-1590) et Arthur Le Moyne de La Borderie (1827-1901). D'Argentré décrit ainsi la bataille : "Comme ces deux Chefs estoient en ces questes, & marchans par le pays chacun à son intention, la fortune les fist rencontrer en la lande de Cadoret. Dagorne auoit enuiron quatre vingts hommes d'armes & cent archers, & rien de plus; le nombre de l'armee de Charles de Bloys estoit pour faire peur à vn Capitaine des plus hardis: toutesfois ce Dagorne estoit merueilleusement hardy & asseuré, & experimenté aux armes, & fort vaillant, ce qu'homme peut estre; & s'estoient rencontrez à l'impourueu en dur de la lande en belle plaine. Il falloit passer & n'estoit pas le lieu aduantageux pour Dagorne, qui pouuoit estre enuironné, & enueloppé de tous costez par l'ennemy fort de nobre. Ce que voyant Dagorne soudainement aduisa vn grad fossé situé sur le bord de la lande, & deffendu de quelques grands arbres, là il va prendre place, le mettant à son dos pour empescher que l'ennemy ne le chargest par le derriere, ..." [3].

La Borderie ajoute que Dagworth vient de franchir l'Oust [4, pp. 496-499 Résurrection du parti de Montfort, et mort du comte de Montfort (1345). Bataille de Cadoret], un élément qui n'est jamais mentionné dans les textes anciens. Dagworth a sans doute suivi le même chemin que celui suivi en 1342 par le comte de Northampton. En novembre 1342, le roi d'Angleterre Edouard III avait débarqué à Brest dans le but de prendre Vannes, Nantes et Rennes, avec, d'après Froissart, une armée de 12500 hommes. À Carhaix, il avait scindé son armée en deux, confiant la prise de Rennes au comte de Northampton. Le chemin suivi par ce dernier passait par Pontivy, Rohan, Ploërmel, Redon et Rennes [4, p. 472 prise successive de Pontivy, Rohan, Ploërmel, Malestroit et Redon en 1342]. Cet itinéraire explique la rencontre dans la Lande de Cadoret en 1345. Charles de Blois suivait le chemin reliant Josselin à Rohan. Dagworth suivait le même chemin depuis Rohan. La rencontre a eu lieu sur le plateau au dessus de Cadoret, vraisemblablement dans un rectangle délimité par la Motte, Péer, le Couédic et Cadoret.

Ainsi, la bataille de Cadoret nous incite à penser qu'il existait une voie ancienne, peut-être antique, qui reliait Rohan à Josselin en franchissant le Lié près du confluent avec l'Oust, et en évitant les affluents de l'Oust et du Lié. S'il s'agit d'une voie antique, ce qui reste hypothétique, on peut supposer qu'il s'agit d'une section d'un axe pré-romain reliant Carhaix à Angers par Pontivy, Rohan, Josselin, Ploërmel, Guer, Maure-de-Bretagne et Bain-de Bretagne.

Textes et photographies

Y. Autret
Juin 2026

Références

  1. P. Galliou. Carte archéologique de la Gaule, Morbihan. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 445 pages. Paris 2009.
  2. P. Naas. Rapport de prospection-inventaire entre l'Oust et le Blavet. Arrondissements de Pontivy, Vannes et Lorient. Service régional de l'archéologie de Bretagne (SRA). 1996 RAP01417. En ligne sur http://bibliotheque-numerique-sra-bretagne.huma-num.fr/s/sra-bretagne/item/24575
  3. B. d'Argentré. L'histoire de Bretagne des roys, ducs, comtes, et princes d'icelle. Vatar et Férré. 1668. page 46, le chapitre sur les évêques de Saint-Brieuc, chapelle Notre-Dame du Gouédic. En ligne sur https://books.google.fr/books?id=ApelLzfcHY0C
  4. A. Le Moyne de la Borderie. Histoire de Bretagne. Tome III: de l'an 995 après J.-C. à l'an 1364. 1899. En ligne sur http://bibnum.univ-rennes2.fr/items/show/341