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La voie antique de Gouarec à Lamballe ou Erquy




Dernière mise à jour 3 novembre 2018

Introduction

A Bon-Repos sur la commune de Saint-Gelven, on découvrit dans le lit du Blavet, en septembre 1834, les vestiges de ce qui était sans doute un pont antique. Tout autour furent recueillies de très nombreuses monnaies de Néron et de "ses successeurs" [1, p. 283].

Même si le pont antique peut être mis en doute, cette découverte met en évidence l'existence d'un itinéraire antique important orienté sud-ouest/nord-est et franchissant le Blavet près de Gouarec. A ce jour, vers le nord-est depuis le Blavet, la carte des voies romaines de Bretagne publiée par J.-Y. Eveillard [2] et la carte du réseau viaire SRA [3] proposent un itinéraire rejoignant Erquy par Saint-Gilles-du-Vieux-Marché, Saint-Léon en Merléac, Uzel, Plémy, Moncontour, Lamballe, Saint-Aaron et La Bouillie. Vers le sud-ouest, les avis sur un éventuel prolongement divergent.

De Bon-Repos à Lamballe

L'itinéraire communément admis au nord-est de Bon-Repos est plausible par Saint-Gilles-du-Vieux-Marché jusqu'à Saint-Léon en Merléac. La voie pourrait rejoindre la voie Carhaix-Rennes à 500m au sud du bourg de Saint-Gelven et la suivre sur 5km avant de s'en détacher pour continuer vers Saint-Gilles-du-Vieux-Marché.

Au bourg de Saint-Gilles-du-Vieux-Marché, en creusant les fondations du presbytère, en 1741, on découvrit des substructions gallo-romaines, d'où furent exhumées des monnaies des « premiers empereurs" [1, p. 192 p. 283].

A Saint-Léon, des substructions et de nombreuses tegulae se voient auprès d'une route ancienne [1, p. 192].

Entre Saint-Léon et Lamballe par Uzel et Moncontour, J. Gaultier du Mottay indique qu'il n'a rien trouvé pouvant prouver une origine romaine [4, p. 177]. Il indique seulement que les marchands de fil et de toiles utilisaient des chemins très anciens pour se rendre depuis les bords du Blavet aux marchés d'Uzel et de Moncontour par Saint-Gilles et Saint-Léon.

De Lamballe a Erquy

La section de Lamballe au Chemin-Chaussée et Erquy a été décrite par J. Gaultier du Mottay [4, pp. 172-173 et pp. 133-136] :

DE LAMBALLE AU CHEMIN-CHAUSSEE
Cette voie se rendait en ligne droite du Pont-Grossard au bourg de Saint-Aaron. M. l'abbé Marsouin l'a reconnue sur plusieurs points où elle était encore visible en 1866, et où elle garde, comme la précédente, le nom de Sente pavée.

En sortant de Saint-Aaron, la voie traverse les landes du Nays, gagne le Maupas, nom que nous avons déjà trouvé sur d'autres voies, longe le bois de Coron, où elle sépare les communes de Saint-Alban et de Hénansal, passe au Gué-Basset, et se dirige vcrs le Chemin-Chausée, en laissant à cinq cents mètres au nord, le château de 1a Motterouge.

En 1865, un agent-voyer, M. Le Chaponnier, sollicité par M. Habasque qui soupçonnait l'existence de cette voie, de faire des recherches sur différents points de son parcours, reconnut qu'elle existait réellement; mais il n'en a laissé, du moins à notre connaissance, aucune description.

Il n'y a pas encore dix ans, on ne pouvait passer le Chemin chaussée, village formé de deux lignes de maisons, placées de chaque côté de la route, sans apercevoir, surtout dans la rangée du nord, de nombreux fragments de maçonnerie en petit appareil, liés avec un mortier de chaux et de sable, mélangé de coquilles pulvérisées. Aujourd'hui, il serait plus difficile de les retrouver a cause des constructions nouvelles qui ont été faites dans cette alignement. Néanmoins, les débris de toute sorte qu'on remarque dans les chemins ou dans les c1ôtures des jardins, la grande quantité de monnaies qui y ont été trouvées, notamment en 1820 (1), etc, tout indique que dans cet endroit, situé à l'intersection des deux voies de Corseul à Erquy et de Carhaix à Alet, a été fondée une de ces stations, mansiones, dont le but était de pourvoir à la sécurité de ces deux routes.
Un passage du testament de Geoffroy de Tournemine, cité par M. Habasque (2), et daté de l'année 1264, parle d'une hôtellerie siluée au Chemin chaussée; en voici le texte: Item volo quod hoeredibus hostellerie de chemino calciato et uxori ejus emendatur; etc. Le Père Dupaz a inséré une analyse de ce testament dans sa généalogie des sires de la Hunaudaye.
Cette pièce, ainsi que celle que j'ai signalée relativement au même point du Chemin chaussée, au chapitre de la voie de Carhaix à Alet, et dont la date est de 1213, prouve que cette localité avait acquis une certaine importance dès le commencement du treizième siècle.

ERQUY. En sortant du Chemin chaussée pour se rendre à Erquy qui n'en est distant que de sept kilomètres, la voie devient plus difficile à retrouver; je n'ai rien remarqué qui pût s'y rapporter, lors de l'unique voyage que je fis dans cette localilé en 1864. Cependant on m'assure que, peu de temps auparavant, on en voyait encore des restes près d'un village nommé les Fossés normands, et près d'un autre Village appelé le Plessix (3).

Un itinéraire antique par Bon Repos, Moncontour et Lamballe est-il plausible ?

Entre le Blavet et Saint-Léon, ainsi qu'entre Lamballe et Erquy, on a un itinéraire antique plausible. En revanche, entre Saint-Léon et Lamballe, l'itinéraire est incertain.

Moncontour était un noeud routier très important pendant tout le Moyen Age. A la fin du XVIe siècle, Moncontour était dite la clé de la Basse-Bretagne [5, p. 18]. De Moncontour on pouvait aller vers Lamballe, Saint-Brieuc, Tréguier, Lannion, Vannes, Dinan, Carhaix [5, pp. 18-19]. On dispose de 9 actes datés de Moncontour par le duc Jean V. Ils montrent le duc partant ou venant des villes indiquées ci-dessus.

Est-ce à dire que Moncontour était déjà un noeud routier à l'époque romaine ? Il est probable que plusieurs voies antiques passaient près de Moncontour, mais pas nécessairement par Moncontour. Venant du carrefour antique de la Hutte à l'Anguille, une voie pouvait passer près du bourg de Moncontour et rejoindre Saint-Brieuc [6], et une autre pouvait passer à 8km à l'est et rejoindre Lamballe [7]. Ainsi, la voie romaine de Vannes à Corseul passant près de la Hutte à l'Anguille, un itinéraire antique devait permettre de relier Vannes à Saint-Brieuc et Lamballe. De la même façon, une voie antique devait relier Paimpont à la Hutte à l'Anguille et permettre des liaisons depuis Rieux voire Nantes ou Angers, vers Saint-Brieuc et Lamballe.

Une autre voie antique nord-sud devait aussi passer près de Moncontour. La voie antique de Carhaix à Corseul est bien connue. Elle passe par Yffiniac et longe la limite d'Yffiniac et de Hillion jusqu'à Saint-René avant de rejoindre les Ponts Neufs. Ce détour par le sud est étonnant. La topographie autorise un parcours plus direct passant plus au nord. Le passage par Saint-René n'est pas justifié sauf si la voie venant de Carhaix venait se fondre dans une autre pour continuer vers le nord. C'est précisément ce qu'on observe à Saint-René sur les photos aériennes IGN 1952. On y voit une voie venant des Ponts Neufs qui continue tout droit vers le sud-ouest. On y voit également également une branche qui détache pour rejoindre Carhaix.


La voie romaine de Carhaix à Corseul à Saint-Réne en Hillion

Venant du nord, passant par les Ponts Neufs, une voie antique datant vraisemblablement de l'Age du fer devait continuer dans la direction de Saint-Carreuc, et peut-être rejoindre le Blavet à Bon-Repos par Saint-Léon. Au début de la période gallo-romaine, avant la création d'une voie plus directe par Quintin, elle a même pu être utilisée pour relier Carhaix à Corseul. L'hypothèse d'un passage par Saint-Carreuc d'une voie antique Bon-Repos-Saint-Léon-Erquy est au moins aussi plausible que celle d'un passage par Moncontour.

Au cours du temps, Moncontour prenant de l'importance, les principaux chemins passant à proximité ont subi son attraction et Moncontour est devenue un temps la "Clé de la Bretagne". Reste à savoir si Moncontour est devenue un carrefour routier au Moyen Age, ou bien avant.

La voie au sud de Bon Repos

D'après la carte du réseau viaire SRA [3], une voie antique venant de Lamballe passerait par Moncontour, Uzel et Bon Repos pour aller s'embrancher dans une voie nord-sud continuant vers Plouay.

Pour continuer vers Plouay, un itinéraire antique plus direct peut être envisagé par Guémené-sur-Scorff [8].

 

Y. Autret
Octobre 2018

Références

  1. C. Bizien-Jaglin, P. Galliou et H. Kerébel. Carte archéologique de la Gaule Côtes-d'Armor. Maison des Sciences de l'Homme. Paris 2002. 408 pages.
  2. J.-Y. Eveillard. Les voies romaines en Bretagne. 109 pages. Coop Breizh 2016.
  3. Carte du réseau viaire SRA GeoBretagne. Service régional de l'archéologie de Bretagne. Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne. En ligne sur https://geobretagne.fr/mapfishapp
  4. J. Gaultier du Mottay. Recherches sur les voies romaines du département des Côtes-du-Nord. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord. Appendice tome V 1867.
  5. J. Trévédy. Voie romaine d'Yffiniac (Fond de la Baie de Saint-Brieuc) à Vannes. Association Bretonne. tome 25 1907 pp. 25-67.
  6. Une voie antique de Nantes à Saint-Brieuc ?. En ligne sur http://voies-romaines-bretagne.com/vrom2/st-brieuc-nantes.html
  7. Voies romaines des Côtes d'Armor. Les chemins morts. En ligne sur http://voiesromaines-22.e-monsite.com/pages/chemins-morts.html
  8. La voie antique de Quimperlé à Castennec (et Gouarec ?). En ligne sur http://voies-romaines-bretagne.com/vrom2/quimperle-castennec-gouarec.html