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La voie romaine de Quimper à Kerilien




Dernière mise à jour mai 2018

Introduction

Au XIXe siècle, E. Flagelle a signalé à 3km au sud-est de Kerilien en Plounéventer, un embranchement qui se détachait vers le sud de la grande voie romaine de l'Aber-Wrac'h à Carhaix [1, p. 36].

En 1972, lors de l'étude de la villa gallo-romaine du Valy-Cloître en La Roche Maurice, R. Sanquer et P. Galliou ont émis l'idée que cet embranchement pourrait se prolonger vers Le Tréhou, Saint-Eloy et Quimerc'h [2, pp. 218-219].

Le problème a été revu en 2000 par S. Le Pennec qui propose un nouveau prolongement vers Lopérec, puis un raccordement à la voie antique Morlaix-Quimper près de Pont-Coblant en Gouézec [3, pp. 131-143]. C'est ainsi que l'hypothèse d'un itinéaire antique entre Kerilien et Quimper émerge progressivement. L'existence de cette voie est maintenant considérée comme très probable. En 2015-2016, des fouilles ont été réalisées par l'INRAP sur la commune de La Martyre pour tenter de retrouver sa trace [4].

De Kerilien à Lopérec, son tracé est pratiquement certain par Pont-Christ en La Roche-Maurice, La Martyre, et Ménez-Meur en Hanvec. Entre Quimper et Lopérec, la situation reste incertaine.

De Kerilien à Lopérec

Au nord de La Martyre, l'itinéraire proposé par E. Flagelle au XIXe siècle semble bien assuré. Il passe par Guerrande (autrefois Guer Hent, le village de la route), puis au Valy-Cloître sur la commune de La Roche-Maurice où une importante villa gallo-romaine a été découverte. La voie passe l'Elorn à Pont-Christ. Environ 3km avant Kerilien, elle s'embranche sur la voie romaine de Carhaix à l'Aber-Wrac'h.

Au sud de La Martyre la voie devait croiser l'actuelle D764 entre la route du Tréhou et Kerbiril. Des vestiges sont visibles sur les photos aériennes de 1952 [5] et sur le cadastre de 1811 de La Martyre (parcelle B3-773 en forme de chemin) [6]. Le chemin passant par Kerbiril relie la route Sizun-Landerneau à La Martyre. Il est vraisemblablement médiéval et ne se prolonge pas vers Roudouguenvez au sud-est. La voie antique devait passer à l'ouest de Garsaglan. L'hypothèse de l'INRAP d'un passage à l'est de Garsaglan [4], puis par le village de Roudouguenvez, n'est pas plausible parce qu'au sud de Roudouguenvez un important dénivelé barre le passage. La voie antique devait contourner Roudouguenvez par l'ouest pour arriver au gué du dit village.


La Martyre, voie antique probable à l'ouest de Garsaglan, Garsahrban en 1811
Cadastre de 1811, sections B3 et C1, Archives départementales du Finistère [6]

Au sud du gué de Roudouguenvez, on entre sur la commune du Tréhou. Sans certitude, on aurait tendance à proposer un itinéraire passant à l'est de la route actuelle entre Quéler et Mescouez. Plus au sud, la voie devait être très proche de la route actuelle. A Goas Su, elle rejoignait la limite de Sizun et du Tréhou, puis celle Sizun et de Saint-Eloy. Près de Ménez-Meur en Hanvec, la voie fusionnait avec celle, également antique, venant de Landerneau. Après Ménez-Meur, la voie suivait un moment la limite de Hanvec et de Lopérec pour passer par Breuil Braz puis au nord du bourg de Lopérec [3, p. 104].

Le franchissement de la Douffine

Au sud de Lopérec, la Douffine passe dans une vallée aux pentes particulièrement raides et son franchissement est difficile. A ce jour, on dénombre quatre points de franchissement plausibles. A 200m à l'est du Moulin de Troaguilly (commune de Lopérec), un talweg pourrait permettre le passage. Bien que forte, la pente reste à la limite de l'acceptable. A Pont-Real (commune de Saint-Ségal), un passage est également possible à condition de faire quatre changements de direction à 90°. A Penn ar Hoat Saliou (commune de Lopérec), un talweg au nord de la Douffine et une croupe au sud, pourraient aussi permettre le passage. Enfin il existe un passage plus facile au Moulin du Dourdu à 6km au nord-ouest du bourg de Pleyben.

Le passage par Pont-Real s'est vraisemblablement mis en place au Moyen Age. Les routes venant de Landerneau et Sizun passaient par là pour rejoindre Châteaulin ou Quimper. Il est resté utilisé jusqu'au début du XIXe siècle. Il correspond au "Chemin de Landerneau à Châteaulin" indiqué dans le cadastre de 1825 de Hanvec (section D3), et au "Chemin de Sizun à Quimper" indiqué dans le cadastre de Sizun de 1812 (section J3). Les multiples virages à 90° près de Pont-Real font douter de son antiquité. Le passage a pu être précédé par celui qui est à l'est du Moulin de Troaguilly. La voie passerait alors près de Pont-de-Buis.

De la Douffine aux Trois-Fontaines par Pont-de-Buis

Après avoir franchi la Douffine à l'est du Moulin de Troaguilly, on suit la limite entre Saint-Ségal et Pont-de-Buis. Elle passe au Drénit en Pont-de-Buis où des substructions et des fragments de tegulae ont été vus sur près de 10 ha [7, p. 448].

On rejoint alors la route royale n°170 de Landerneau à Quimper. Le cadastre de Port-Launay de 1847 montre que la route royale a réutilisé une voie plus ancienne (parcelle 312, section 4). L'hypothèse est confirmée dans le cadastre de Saint-Ségal de 1810 (parcelles D2-521 D2-466, D2-464, et D2-235 à la limite de Pont-de-Buis).

A Lezabannec en Châteaulin, la route royale vire à angle droit vers le sud-ouest pour rejoindre Châteaulin. La voie antique pouvait continuer tout droit. On retrouve des vestiges probables au sud-est de la chapelle de Kerluan, peu avant Penn ar Pont où la voie devait franchir l'Aulne. On retrouve un chemin de terre, parfois surélevé en son centre. Depuis Penn ar Pont, on peut suivre le chemin vers le nord quelques centaines de mètres avant qu'il ne disparaisse dans les champs. Il semble passer à environ 200m à l'est de la chapelle de Kerluan.


Ancien chemin au nord de Pennarpont

Sur la commune de Lothey, on retrouve des traces probables de la voie entre Ty Carré et Toraménez (littéralement le flanc de la la montagne). Au nord de Ty-Carré, sur une longueur de 400m, on peut voir les vestiges d'un chemin d'apparence antique. La largeur est de 12 à 14m entre talus. De chaque côté on trouve une zone plate de 2-3m de large. La zone centrale est large de 5 à 6m, et surélevée d'environ 50cm.


Ty-Carré, ancien chemin surélevé en son centre

Entre Kerhéré et Quiguen sur la commune de Briec, la voie n'est plus visible, ni sur les photos aériennes, ni sur le cadastre de Briec de 1814. Elle a peut-être été abandonnée au profit d'une liaison entre Briec et le Vieux Bourg de Lothey. Il se peut aussi que notre hypothèse de voie antique franchissant l'Aulne à Penn ar Pont soit fausse. La voie pourrait passer par le Vieux Bourg de Lothey. Les photos aériennes de 1952 à l'est de Kerhéré et au nord de la limite Briec-Lothey [5] le laissent penser.


Vestige de voie (antique ?) sur la commune de Lothey à l'est de Kerhéré (commune deBriec)
© IGN 1952

On retrouve la voie antique probable près des Trois-Fontaines à Garront ar Sant (en français la voie charretière des saints, aujourd'hui Garz ar Zant).

De la Douffine aux Trois-Fontaines par Pleyben

L'itinéraire par Pont-de-Buis décrit ci-dessus semble plausible. Il reste cependant un doute en raison d'un franchissement difficile de la Douffine à l'est du Moulin de Troaguilly.

On peut alors envisager une liaison entre Lopérec et Pleyben franchissant la Douffine au Moulin du Dourdu. On rejoint ensuite Pleyben par Croaz Pennod et Kroaz Nu. A Pleyben, on peut envisager un embranchement dans la voie antique de Morlaix à Quimper.

Pour prouver l'antiquité de cet itinéraire, il faudrait au moins montrer qu'il passe à l'est de Lopérec, puis dans les champs pour rejoindre Kraos Hent Kleguer à 1500m au sud-est du bourg de Lopérec.

Si un tel itinéraire existait à l'est de Lopérec, il pourrait aussi franchir la Douffine à Penn ar Hoat Saliou. Au sud de la Douffine on trouve un chemin de grande largeur qui suit une croupe. Malheureusement, on perd la trace de ce chemin au bout d'un kilomètre. Il pourrait arriver près des Trois-Fontaines en passant par Kroas Ru et le Vieux-Bourg de Lothey.

En conclusion, en l'absence de nouveaux éléments, sans en être certain, l'itinéraire par Pont-de-Buis reste le plus plausible.

Des Trois-Fontaines à Quimper

Au sud des Trois-Fontaines, les voies venant de Kerilien et de Morlaix se rejoignent probablement à 400m au sud de Garz ar Zant, la voie antique venant de Morlaix suivant une limite de parcelle à 100m à l'ouest de la route actuelle.

Plus au sud, la voie antique est très proche de l'actuelle D785 jusqu'aux Trois-Croix (commune d'Edern). Elle est ensuite assez proche de l'actuelle N165 et passe près de Guellen sur la commune de Briec. C'est là qu'on a découvert la statue gallo-romaine en granite d'un groupe équestre foulant un anguipède (actuellement à Quimper au Musée départemental breton). Les cavaliers à l'anguipède se trouvent souvent à la campagne, au bord des chemins antiques.

Au sud de Guellen, on a deux possiblités, soit continuer tout droit vers Quimper par Coat Bily, soit bifurquer à Ty Sanquer pour rejoindre une autre voie antique nord-sud passant plus à l'ouest.

Y. Autret
2016-2018

Références

  1. E. Flagelle. Notes archéologiques sur le département du Finistère. Bulletin de la Société académique de Brest. 1876-77.
  2. R. Sanquer, P. Galliou. Une maison de campagne gallo-romaine à la Roche-Maurice. Association Bretonne tome LXXCIX. 1972.
  3. S. Le Pennec. Le réseau routier antique du Nord-Ouest du territoire osisme : les tracés et leur environnement humain. Thèse. Université de Rennes 2. 2000.
  4. G. Leroux et A. Desfonds. Rapport final d'opération. Diagnostic archéologique. Commune de Bodilis, La Martyre et Ploudiry. Le Moulin de Créac’h Guial, Roudouguenvez, Keramen Izella . INRAP Grand-Ouest, juillet 2016, rapport SRA RAP03282.pdf. En ligne sur http://bibliotheque.numerique.sra-bretagne.fr
  5. Photo aériennes IGN 1950-1965. En ligne sur http://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-3.062940&y=48.070046&z=8&layer1=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.MAPS.SCAN-EXPRESS.STANDARD&layer2=ORTHOIMAGERY.ORTHOPHOTOS.1950-1965&mode=doubleMap
  6. Archives départementales du Finistère. Cadastre napoléonien. En ligne sur http://www.archives-finistere.fr/salle-de-lecture
  7. P. Galliou. Carte archéologique de la Gaule Finistère. Maison des Sciences de l'Homme. 495 pages",. Paris 2010.