Responsive image
 

Les voies antiques entre Quimper et Daoulas




Dernière mise à jour 31 juillet 2018

Introduction

Les diverses hypothèses de voies antiques entre Quimper et Daoulas ont été publiées en 2016 [1]. Dans cet article on va apporter quelques compléments.

La voie antique de Quimper au Ménez-Hom et à l'Aulne

Partant du centre de Quimper vers le nord, la D39 actuelle qui traverse Kerfeunteun est supposée avoir une origine antique. A partir des environs de la chapelle de Ty-Mamm-Doue, la petite route qui se dirige plein nord vers Landrévarzec porte le nom de « Voie romaine» à Quimper (fig. 1). Une destination probable de cette voie devait être la presqu'île de Crozon par le Ménez-Hom.


Panneau « voie romaine » à la sortie de Quimper sur l'ancienne route de Landrévarzec

Cet itinéraire a été en grande partie réutilisé par la route royale n°170 créée au XVIIIe siècle pour relier Quimper à Landerneau par Châteaulin. Dans le cadastre de Landrévarzec de 1814, plusieurs parcelles portant le nom hent meur, la grande route, montrent que la route royale a réutilisé une route plus ancienne: Frontic an nent meur (L2-497), le petit champ en face de la grande route, Pradic an nent meur (L1-1), la petite prairie de la grande route, Parc an nent meur (L3-790, L3-791, L3-805), le champ de la grande route.

L'ancienne route était beaucoup moins droite que la route royale. Sur la commune de Cast, entre Kergaradec et Mengleus, au niveau de Ty ar Massoner, pour passer d'une altitude de 106m à 172m, la voie devait passer à 200m à l'ouest de la route royale. Elle semble visible sur les photos satellites (voir photo ci-dessous).


Voie antique probable entre Ty ar Massoner et Mengleus (commune de Cast)

En poursuivant vers le nord, la voie est appelée Hent bras coz (cadastre de Cast de 1850, E2-318 et E2-317) la vieille grande route, près de Postériot, et Hent meur coz (cadastre de Cast de 1850, C4-392 et C4-391), la vieille grande route, au sud du Ménez-Quelc'h.

Plus nord, la route royale ne semble pas avoir été précédée d'une autre. En effet, on remarque que dans le premier cadastre de Cast de 1810, le manoir du Loc'h n'est pas relié à la route royale qui passe à l'ouest du Ménez-Quelc'h, mais à un chemin qui passe à l'est du Ménez-Quelc'h et rejoint la route royale au nord du Loc'h (section D1). Dans le second cadastre de 1849, on voit qu'un chemin a été construit pour relier directement le Loc'h à la route royale. Ceci nous permet de supposer qu'au sud-ouest du Loc'h, la route royale n'a pas été précédée d'un chemin plus ancien.

Le chemin médiéval entre Quimper et Châteaulin pouvait passer à l'est du Ménez-Quelc'h. La tradition situe à Marchaussy, qui pourrait signifier écurie, marchosi en breton moderne, un relais de diligences, et y fait également passer un chemin, bordé de deux talus, et construit par la duchesse Anne [2, p. 55].

Au niveau du Ménez-Quelc'h, la voie venant de Quimper pouvait s'infléchir légèrement vers le nord-ouest. Elle est bien visible sur les photos aériennes de 1952 [3].


Voie antique probable se dirigeant vers le Grannec en Cast

A 150m au nord-est du Grannec en Cast, des vestiges de la voie semble visibles à la lisière sud-ouest d'un petit bois, sous la forme d'un chemin bombé.


Voie antique probable à 150m au nord-est de Grannec en Cast

En poursuivant vers le nord-ouest, la voie pouvait rejoindre puis suivre la limite entre Cast et Châteaulin, la limite nord du Bois de Saint-Gildas, puis celle de Cast et de Plomodiern. C'est le Grand chemin de Ménéhome dans le cadastre de Cast de 1810.

A la Montagne Saint-Gildas, la voie pouvait se diviser, une branche partant vers le Ménez-Hom au nord-ouest, une autre vers le nord. On peut suivre la branche nord sur les photos aériennes de 1952. Elle passe à 80m à l'est de Pen ar Ménez où le chemin est toujours visible sous les ronces, juste à l'ouest de Bel-Air, à Ménez-Justis. Ensuite, sa direction devient incertaine. Elle semble passer à l'ouest de Keravel avant de rejoindre l'Aulne près de Rozarnou. Au Moyen Age, cet itinéraire a pu être modifié pour passer près de la chapelle Saint-Exuper.

Du Vieux Passage de Logonna-Quimerc'h au Faou

Au nord de Rozarnou, sur la rive nord de l'Aulne, le cadastre de Logonna-Quimerc'h de 1843 indique le Vieux-Passage au sud de Kerancroc'h (feuille 3 du cadastre). A Kerancroc'h, des briques et des fragments de tegulae ont été signalés [4, p. 448]. Les photos aériennes de 1952 montrent que le Vieux Passage était encore utilisé au milieu du XXe siècle [3].


Chemin franchissant l'Aulne au Vieux Passage

Vers le nord, on peut supposer, sans certitude, que la voie antique passait par Kergadalen, le manoir de Kermorvan, à 180m à l'est du Garrec, puis par Justissou. Un peu plus au nord, le cadastre de Quimerc'h de 1844 indique des parcelles appelées Parc an hent meur, le champ de la grande route (section H2, parcelles 265 et 266).

Plus au nord, la voie devait passer près du Château du Bot avant de prendre la direction du nord-ouest. Le cadastre de Quimerc'h de 1843 montre un ancien chemin partant du Bot et se dirigeant vers Pen ar Vern en Rosnoën. La voie antique pouvait ensuite aller se fondre dans une autre voie antique venant des Monts d'Arrée, et rejoindre Le Faou.

Du Faou à Daoulas

La route royale qui allait du Faou à Landerneau par Irvillac et Saint-Urbain est souvent considérée comme voie romaine. Cette affirmation est très peu vraisemblable [1, p. 33]. L'examen du cadastre de 1826 d'Irvillac montre que sur cette commune, la route royale traverse le parcellaire, et qu'il n'y a aucune trace de voie ancienne à proximité.

En partant du Faou vers le nord, on ne voit pas quelle voie antique pouvait exister à l'exception de celle qui rejoint l'Hôpital-Camfrout puis Daoulas. L'itinéraire entre Le Faou et Daoulas est imposé par la topographie.

Vers 1080, l'abbaye de Landévennec possédait un prieuré à L'Hôpital-Camfrout [5, p. 87]. Il y avait une aumônerie service des pèlerins, ce qui indique qu'une voie de communication devait exister au début du Moyen Age entre L'Hôpital-Camfrout et Daoulas.

De Quimper au Faou par Pont-de-Buis

On dispose d'un élément important pour affirmer qu'il existait une seconde voie antique partant de Quimper vers le nord, c'est la statue gallo-romaine en granit d'un groupe équestre foulant un anguipède. Elle a été découverte à Guellen en Briec avant d'être transportée au Musée départemental breton à Quimper [4, p. 117]. Les cavaliers à l'anguipède se trouvent souvent à la campagne, au bord de chemins antiques.

La voie pouvait se détacher de celle menant au Ménez-Hom, soit à l'Ange Gardien à la sortie de Quimper, soit plus au nord, un peu après Ty Ru (maison rouge, Ty Carré et Kernilis pour rejoindre Ty Sanquer. En passant par Ty-Carré, la voie aurait pu rester sur les plateaux et éviter de suivre le fond de la vallée du Frout.

En continuant vers le nord, la voie passe à 2 km à l'ouest du bourg de Briec, à 600m à l'est de la chapelle de la Madeleine, puis par les Trois-Croix. A cet endroit, une voie présumée antique arrive des Montagnes Noires [6, p. 59].

En arrivant au sud-ouest des Trois-Fontaines (commune de Gouézec), la situation devient plus confuse. La voie antique menant à Morlaix prend la direction du nord-est et franchit l'Aulne à Pont-Coblant.

Au niveau des Trois-Fontaines, la Carte de l'état-major (1820-1866) indique un croisement. La voie qui vient de Quimper pourrait croiser celle qui vient de Morlaix. Ce croisement est d'autant plus plausible que la voie de Morlaix se dirige vers Garnilis où on a découvert un tambour de colonne cannelée en granit [4, p. 116]. On pourrait alors avoir, sans certitude, une voie pré-romaine en provenance de Morlaix qui croise une voie gallo-romaine en provenance de Quimper.

En poursuivant plein nord depuis le sud-ouest des Trois-Fontaines, on s'aperçoit qu'une voie antique est possible. Sur la commune de Briec on passe par Garront-ar-Sant (en breton « la voie charretière des saints », aujourd'hui Garz-ar-Zant). A Kerhéré on suit la limite de Briec et de Lothey. On continue ensuite par Ty Carré et Toraménez (littéralement « le flanc de la montagne »). Au nord de Ty-Carré, sur une longueur de 400m, on peut voir les vestiges d'un chemin d'apparence antique. La largeur est de 12 à 14m entre talus. De chaque côté on trouve une zone plate de 2-3m de large. La zone centrale est large de 5 à 6m, et surélevée d'environ 50cm. , A une époque récente, la bande centrale a été abandonnée, et l'un des côtés utilisé comme voie charretière.


Chemin d'apparence antique entre Ty Carré et Toraménez sur la commune de Lothey

Plus au nord, le chemin passe à 250 m à l'ouest du bourg de Lothey et rejoint l'Aulne à Pennarpont. Après le franchissement de l'Aulne à Pennarpont, on entre sur la commune de Châteaulin. Vers le nord, on retrouve un chemin de terre, parfois surélevé en son centre. On peut le suivre pendant quelques centaines de mètres avant qu'il ne disparaisse dans les champs. Il semble passer à environ 200 m à l'est de la chapelle de Kerluan.


Chemin au nord de Pennarpont sur la commune de Châteaulin

A Lezabannec en Port-Launay, la route royale venant de Châteaulin fait un virage à angle droit vers le nord. Elle semble rejoindre une route plus ancienne, vraisemblablement la voie qui vient de Pennarpont.

En poursuivant vers le nord, sur la commune de Port-Launay, la route royale suit la D770 actuelle. Le cadastre de Port-Launay de 1847 montre que la route royale recouvre une voie plus ancienne (parcelle 312, section 4). L'hypothèse est confirmée dans le cadastre de Saint-Ségal de 1810 (parcelles D2-521 D2-466, D2-464 et D2-235 à la limite de Pont-de-Buis). Des vestiges de l'ancienne route sont visibles à proximité immédiate de la route royale.

Au bourg de Pont-de-Buis, on arrive à Drénit où des substructions et des fragments de tegulae ont été vus sur près de 10 ha. Une agglomération secondaire gallo-romaine est même envisageable [4, p. 448].

A Drénit, on a une incertitude. La route royale continue vers le nord pour franchir la Douffine. Une route part vers le nord-est et suit la limite entre Pont-de-Buis et Saint-Ségal. La route du nord-est arrive aussi au nord de la Douffine près de Troaguilly. A cet endroit, un talweg permet de remonter sur la colline après un éventuel franchissement de la rivière.

A Pont-de-Buis, on a deux branches susceptibles d'être antiques, une branche nord qui franchit l'Aulne au bourg de Pont-de-Buis, une branche nord-est qui franchit l'Aulne près de Troaguilly, et continue vers Lopérec par Lambezegou.

Reprenons la branche nord. En arrivant au bourg de Quimerc'h, le cadastre de 1844 montre que la route qui vient de Pont-de-Buis continuait tout droit vers Rumengol (Chemin de Rumengol à Châteaulin dans le cadastre, section E1). A ce même endroit, la route royale bifurque vers l'ouest.

Ceci nous amène à faire une hyptohèse. Au nord du bourg actuel de Quimerc'h, une voie antique ayant franchit la Douffine à Pont-de-Buis pouvait rejoindre Le Faou en se fondant dans une autre voie antique en provenance des Monts d'Arrée. Cette voie arrive de Brasparts où elle passe par Castel Du et Meilh Skiriou [7]. Elle passe aussi par le Vieux Quimerc'h, et près du Camp du Muriou en Pont-de-Buis où une fortification quadrangulaire d’environ un hectare a été découverte, ainsi que du mobilier antique [4, p.447].

Conclusion

Deux voies antiques probables apparaissent entre Quimper le Faou. L'une semble pré-romaine et franchit l'Aulne au Vieux-Passage de Logonna-Quimerc'h. L'autre semble gallo-romaine et franchit la Douffine à Pont-de-Buis.

En arrivant près du Faou, ces deux voies pourraient se fondre dans une autre voie pré-romaine reliant les Monts d'Arrée au Faou.

Au nord du Faou, la seule continuation antique possible semble être par l'Hôpital-Camfrout puis Daoulas.

 

Y. Autret
Juillet 2018

Références

  1. Y. Autret. Les voies antiques entre Quimper et l’Élorn revisitées. Bulletin de la Société archéologique du Finistère. BSAF tome CXLIV 2016 pp. 11-35.
  2. P. Kernevez. Les fortifications médiévales du Finistère. Institut Culturel de Bretagne. 1997.
  3. Photo aériennes IGN 1950-1965. En ligne sur http://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-3.062940&y=48.070046&z=8&layer1=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.MAPS.SCAN-EXPRESS.STANDARD&layer2=ORTHOIMAGERY.ORTHOPHOTOS.1950-1965&mode=doubleMap
  4. P. Galliou. Carte archéologique de la Gaule Finistère. Maison des Sciences de l'Homme. 495 pages. Paris 2010.
  5. B. Tanguy. Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses du Finistère. Douarnenez 1990.
  6. J.Y. Eveillard. Le Porzay à l'époque romaine (Ier-Ve S.). Un Pays de Cornouaille Locronan et sa région. M. Dilasser. Nouvelle Librairie de France. Paris. 1979. pp. 53-67.
  7. Y. Autret. La voie antique de Quimper à Morlaix revisitée, ainsi que ses embranchements et ses croisements. Bulletin de la Société archéologique du Finistère. BSAF tome CXLV 2017 pp. 55-70.