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Plaudren, le Chemin de Cornévec




Dernière mise à jour 2 janvier 2019

Un chemin vers le Finistère ?

Le chemin de Cornévec est mentionné dans le Dictionnaire topographique du département du Morbihan de Rosenzweig de 1870 [1, rubrique Potiers (Chemin aux)] :

Potiers (Chemin aux), dit aussi de Cornevec ou de Cornouaille. Il traverse ou limite les communes de Plaudren, Saint-Jean-Brévelay, Bignan, Grand-Champ, Moustoirac, Plumelin, Pluvigner, Camors et Baud. Chemin Cornuays, passant par la Croix-Painte et près de la forêt de Brohun, en Plaudren, 1506 (chât. de Kerfily).

Des notes ont également été publiées en 1955 dans la Revue Morbihannaise Bro-Guened Niv. 39-40 par l'abbé Quistrebert et L. Rouaud [2] :

Vieux noms de routes

Je ne connais pas de Hent Conan, de Hent Guen, mais Hent Gornevec existe réellement. Ce chemin parcourt les sommets des collines de Lanvaux... J'ai demandé aux gens de Plaudren ce que signifiait cette dénomination Hent Gornevec, employée couramment. Ils n'ont répondu : "Hent Korvenec e zou en hent e ia de Gornevaill, de gavet er Finistère". Le chemin de Gornevec serait donc le chemin, la route de Cornouaille-Finistère.

Il est connu et utilisé à Plaudren. Je ne sais d'où il vient, mais on peut encore l'emprunter actuellement à partir du bourg de Plaudren, à la fontaine S. Bily, où il remonte légèrement vers le nord. A partir de Toul-douar, il sert de limite entre Saint-Jean-Brévelay et Plaudren, passe au sud du bourg de Colpo, au château de Korn-er-Hoed, a servi au tracé de la route actuelle de Colpo à Ti-Planche, passe alors au hameau de Gornevec, traverse la forêt de Floranges, servant de frontière entre la Chapelle-Neuve et Brandivy, et se dirige vers le bourg de Camors où il devait aboutir vraisemblablement. Quelle direction prenait-il après Camors ? Celle de la Cornouaille ?...

Abbé Quistrebert, Recteur de Naizin

Ce Hent Gornevec est aussi appelé Chemins aux Potiers et Chemin de Cornouaille dans le Dictionnaire Topographique du Morbihan par Rosenzweig. Il semble que ce soit une voie romaine, puisqu'elle passe près du noeud de voies romaines de Goh-Iliz et du camp retranché de Kerfloc'h. Son parcours d'ailleurs se confond, sur une certaine distance, à la limite de Plaudren et Saint-Jean-Brévelay, avec la voie romaine de Vannes à Carhaix, et très probablement vers le bourg de Plaudren et vers Elven avec la voie d'Angers à Carhaix par Rieux. Avant Colpo, au sud de Kerdroguen, Hent Gornevec quitte la voie romaine vers Carhaix par Castennec, pour continuer vers Ti-Planche et la forêt de Camors d'où son parcours devient incertain. Sans doute se dirigeait-elle vers le Blavet et Pont-Augan.

Est-elle établie sur un ancien chemin préhistorique ? On peut signaler que dans son parcours entre Plaudren et Saint-Jean elle est entourée de monuments préhistoriques, dont un menhir de 5m.50 et un dolment entouré d'un cromlec'h.

Que veut dire Hent Gornevec ? Il ne semble pas qu'une réponse satisfaisante ait été donnée. Nous trouvons trois villages à porter ce nom : l'un sur le bord de cette voie, près de Ti-Planche, un autre près de Sainte-Anne-d'Auray, non loin de la voie romaine de Vannes à Quimper, et le troisième en Brec'h. Le sens n'en serait-il pas : "la route de l'Ouest" ? En effet, Grégoire de Rostrenen, dans son Dictionnaire (1732), traduit "vent d'Occident" par "cornaouëcq". Dom Le Pelletier (1752) écrit : "cornawec et cornawoe", un des quatre principaux rombs, ou aires de vent, dit Ouest ou West, qui souffle du couchant du soleil aux équinoxes". Et Le Gonidec (1847) traduit l'expression : "Le vent est tombé à l'Ouest" par "er c'hornaouek eo kouezed ann avel".

L. Rouaud

Les vestiges du Chemin de Cornévec

En partant de l'ouest, on peut suivre le Chemin de Cornévec à partir de la Forêt de Floranges sur la commune de Camors. Il pouvait passer près des alignements de Cornévec. Ensuite, il restait sur les sommets de collines jusqu'à Plaudren.


Les alignements de Cornévec dans la Forêt de Floranges (Photo D. Rouault)

A Plaudren, le Chemin de Cornévec est indiqué dans le cadastre de 1851 (sections A2, B1, B2) [3]. Il suit la limite de Plaudren et de Saint-Jean-Brévelay jusqu'au Toul Douar et continue vers le bourg de Plaudren. Ceci est en contradiction avec le texte de 1506 qui le fait passer par la Croix Peinte, à 1500m au nord-est du bourg de Plaudren [1, rubrique Potiers (Chemin aux)]. On doit envisager l'hypothèse d'une évolution du Chemin de Cornévec au cours du temps. En 1851 il pouvait passer par le bourg de Plaudren. En 1506 il pouvait passer plus au nord par la Croix Peinte. Avant, il pouvait passer encore plus au nord. On doit également envisager un lien éventuel avec la voie romaine qui passe par le Toul Douar et continue vers l'est.

La voie romaine du Toul Douar

La voie romaine qui passe au Toul Douar est considérée comme certaine [4, p. 238]. On trouve la mention "ancienne voie romaine" dans le cadastre de 1851 de Plaudren (section A2). La découverte d'un milliaire probable au Toul Douar par G. Joubel confirme cette hypothèse.


Le milliaire probable de Toul Douar en Plaudren

La voie part du camp romain de Kerfloc'h sur la commune de Plaudren. C'est également par Kerfloc'h que passent les voies Vannes-Carhaix et Vannes-Corseul. En fait, la voie du Toul Douar se détache de la voie Vannes-Corseul à Kerhorno, à 500m au nord-est de Kerfloc'h.

Après le Toul Douar vers l'est, la voie devait suivre pendant 500m la limite de Saint-Jean-Brévelay et de Plaudren, puis traverser le Bois du Gohlut. A la sortie du bois, après la traversée d'un champ, on retrouve sa trace probable sous la forme d'un chemin abandonné qui passe au sud du Gohlut Penderff et semble se diriger vers Coët Navent et le Bodan. A l'est du Bodan on a un vestige probable au Pont de Ténérion sous la forme d'une levée de terre dans un bois.


Levée de terre au Pont de Ténérion en Plumelec (vestige possible de voie antique)

Après Ténérion on perd complètement sa trace. On a bien une levée de terre à l'ouest de la Ville Jacob mais rien ne prouve qu'il s'agit de la voie. La levée semble trop haute et trop étroite (3m de large).


Vestige de voie antique à l'ouest de la Ville Jacob en Plumelec ?

Il faut arriver dans la Lande de la Villaunay pour retrouver la trace de la voie sous la forme d'une levée de terre de 6m de large.


Sérent, Landes de la Villaunay. Vestige de la voie

Après la Villaunay, on a rejoint la voie qui relie Vannes à Rennes. Une branche est également supposée se détacher de cette voie pour assurer une liaison avec Angers.

Des questions

La concordance entre la voie romaine qui passe au Toul Douar et le Chemin de Cornévec entre le Toul Douar et la Forêt de Floranges est étonnante.

La voie romaine et le Chemin de Cornévec suivent peut-être une voie pré-romaine. En effet, la voie Rennes-Vannes suit un itinéraire étrange en s'écartant de la ligne droite d'environ 10km vers le sud aux environs du Camp du Mur en Comblessac, puis de 10km vers le nord aux environs du Château de Callac en Plumelec. Pour la voie Angers-Carhaix, les détours sont encore plus importants. La voie suit une direction nord-ouest sur 100km au moins juqu'à Lohéac, puis une direction est/sud-est sur 60km jusqu'à Kerfloc'h, puis à nouveau une direction nord-ouest sur 80km. De Lohéac à Carhaix, la voie s'écarte de 30km de la ligne droite. Il est possible que ces écarts par rapport à la ligne droite indiquent que des voies plus anciennes ont été utilisées.

On peut ainsi envisager l'existence d'une voie pré-romaine passant par le Camp du Mur en Comblessac, franchissant l'Oust près de Crohenneuc en Missiriac, passant au Toul Douar en Plaudren, et continuant vers l'ouest, peut-être jusqu'à Quimper. Pour établir une liaison Rennes-Vannes à l'époque gallo-romaine, il serait logique de rejoindre cet itinéraire au Camp du Mur, puis de le suivre jusqu'à Trédion avant de bifurquer vers Vannes. On obtient également une liaison Rennes-Quimper. Une liaison Angers-Carhaix suivant cet itinéraire pré-romain est également possible, du moins s'il n'existait pas de liaison pré-romaine plus directe comme celle qui peut être envisagée par Guer, Ploërmel, Josselin, Pontivy, Cléguérec, Plélauff et Rostrenen. Ces hypothèses restent à prouver.

 

Y. Autret
Janvier 2019

Références

  1. L. Rosenzweig. Dictionnaire topographique du département du Morbihan, comprenant les noms de lieu anciens et modernes. Rédigé sous les auspices de la Société polymathique du Morbihan. Paris Imprimerie Impériale 1870. En ligne sur https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k39300k
  2. Revue Morbihannaise, Bro Guened Niv. 39-40 1955. Vieux noms de routes. pp. 26-30. En ligne sur http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_52/Bro_Guened_1955_niv_39-40_.pdf
  3. Archives du Morbihan. Archives en ligne - Cadastre napoléonien. En ligne sur http://www.archives.morbihan.fr
  4. P. Galliou. Carte archéologique de la Gaule, Morbihan. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 445 pages. Paris 2009.