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La voie romaine de Rennes à Angers




Dernière mise à jour décembre 2018

La voie romaine de Rennes à Angers a été décrite et tracée sur des cartes IGN par G. Leroux vers 1999 [1] [2] [3].

La voie et ses stations

La voie romaine d'Angers à Rennes est l'une des plus importantes desservant la Bretagne. Elle est attestée par la Table de Peutinger, le guide routier de l'Empire romain établi vers le IIIe siècle [4]. L'itinéraire est divisé en trois sections de 16 lieues. Les étapes ont pour nom Condate (Rennes, vraisemblablement confluent, "con" signifiant confluent et "da" rivière), Sipia (Visseiche, Ille-et-Vilaine, vraisemblablement Vicus Sipia), Conbaristum (supposé correspondre à Châtelais, Maine-et-Loire, confluent ?), et Juliomagus (Angers, vraisemblablement le marché de l'empereur Julius).

En prenant comme approximation des points de départ et d'arrivée, les cathédrales de Rennes et d'Angers, la voie avait une longueur de 118,1 km, soit 7% de plus que la ligne droite qui fait 110,3 km. De Rennes à Visseiche il y a 34,7 km, de Visseiche à Châtelais 38,4 km, et de Châtelais à Angers 45,0 km.

On obtient respectivement des lieues de 2168m, 2400m et 2812m, soit une moyenne de 2460m. Cette dernière valeur correspond à la grande lieue gauloise (environ 2450m), la lieue romaine faisant 2223m, et le mille romain environ 1,5 fois moins soit 1478m.

D'après la Table de Peutinger, on devrait avoir 3 étapes de 39,2 km (16x2,450). Sur Rennes-Visseiche on a une erreur négative de 1,8 lieue gauloise, sur Visseiche-Châtelais une erreur positive de 0,3 lieue, sur Châtelais-Angers une erreur positive de 2,3 lieues. Ces erreurs sont-elles acceptables ou bien les stations supposées sont-elles erronées? L'archéologie dira peut-être un jour que la station de Conbaristum se trouvait au sud du Châtelais sur la commune l'Hôtellerie-de-Flée, et celle de Visseiche au sud de la Seiche. Quant à la longueur totale entre Rennes et Angers, elle est étonnamment exacte : 48 grandes lieues gauloises font 117,6 km, et on a mesuré 118,1 km.

La station du gué de Molans

Le gué de Molans été décrit par J.-C. Meuret [5, pp. 216-220] :

La voie pénètre dans la forêt de La Guerche (commune de Rannée), et là commence sa portion la plus mal connue et la plus intéressante, car comme dans, de nombreux autres cas, le couvert forestier ajoué un rôle fossilisateur : sur 1,6 km, la voie a été conservée intacte, avec sa chaussée centrale bombée de 6-7 m de largeur, et ses deux fossés-talus latéraux aux formes très douces, soit une emprise totale voisine de 25 m [5, p. 216].

En 1989, à l'occasion d'un recalibrage de la ligne forestière de Rohan et de ses fossés, nous avons pu faire un relevé de la coupe de la voie. La chaussée proprement dite, a été établie dans une tranchée creusée à 40-50 cm de profondeur. Le premier niveau se compose d'une argile sableuse et de petits blocs de grès armoricain, posés plutôt à plat, mais non jointifs, tandis que le niveau supérieur est constitué de cailloutis de moindre calibre et d'argile compactée. Nulle trace de dallage de surface, que n'auraient d'ailleurs pas fournis les ressources géologiques locales. On remarque la largeur du fossé-bas-côté, 9 m pour celui du sud, qui devait capter la plus grande partie des eaux de ruissellement [5, p. 218].

Dans cette coupe, nous avons recueilli des fragments de tegulae. Cela n'a rien pour surprendre, car à 250 m plus à l'est, à l'endroit où la voie s'élargit et se perd pour franchir à gué le ruisseau temporaire des Prairies David, on peut observer 5 ou 6 plates-formes hautes de 0,50 m à 1 m, qui ne sont rien d'autre que des restes d'habitats gallo-romains (fig. 86). Le sol y livre des tegulae et des fragments de céramique commune grise; un tesson décoré d'un décor guiloché atteste une occupation au IIe siècle. Comme souvent dans cette forêt, on constate la présence de l'excellent marqueur phyto-archéologique qu'est le fragon. Aux environs immédiats, on n'observe aucune enceinte ni fossé : il s'agit donc d'un établissement ouvert lié avant tout à la voie, placé sur un gué, près d'une source pérenne (elles sont assez rares dans la région), à 13,5 km de Sipia (soit 6 lieues romaines). Il est remarquable que c'est à la même distance de 13,5 km de Rennes-Condate, à la Houssaie en Nouvoitou, que l'on a identifié une autre mutatio sur cette même voie (57) ... Tout suggère donc qu'il s'agit d'un relais du cursus publicus [5, p. 218].

Le nom Molans dérive vraisemblablement de Mediolanon ou Mediolanum [5, p. 220]. Il indique sans doute un centre ou un lieu médian avec une signification religieuse gauloise. Il pourrait être l'équivalent de Medionemeton, nemeton désignant un sanctuaire. Il reste à déterminer de quel centre il s'agit. Rennes est à 45km et Angers à 72km.

La voie au sud du Lion d'Angers

Le tracé fourni par G. Leroux est complet à l'exception de quelques kilomètres au sud du Lion d'Angers [1]. En se basant sur les cadastres du XIXe siècle [6] et sur les photos aériennes IGN de 1949 [7] on peut compléter l'itinéraire.

Le cadastre de 1812 de Grez-Neuville indique une Ancienne route d'Angers au Lyon (tableau d'assemblage) et une Vieille route (sections B3 et B4). Venant de la Membrolle au sud, la vieille route passe à environ 500m à l'ouest de l'actuelle D775. A 1500m à l'ouest du bourg de de Grez-Neuville, au franchissement du Ruisseau de l'Etang de la Beuvrière, la vieille route suit un parcours sinueux qui ne semble pas antique. Les photos aériennes de 1949 montrent qu'un chemin plus ancien et plus direct a existé. On peut le suivre sur des limites de parcelles, ou sous la forme de bandes sombres au milieu du parcellaire. Ainsi, venant de la Membrolle, la voie romaine devait passer à 300m à l'est de l'Angevinière, franchir le ruisseau et continuer tout droit pour passer à 100m à l'ouest de la Noue et à 130m à l'est des Touches. Pour éviter une forte pente au sud du ruisseau, la vieille route indiquée dans le cadastre de 1812 s'écartait d'environ 100m vers l'est de la voie romaine, et passait à 100m à l'est de la Noue. La voie romaine et la vieille route se condondent à nouveau à 1300m au sud du pont sur l'Oudon, au croisement de la Rue de Bad Buchau et de la Promenade des Trois Piliers.


La voie romaine au sud du Lion d'Angers

 

Y. Autret
Remerciements à D. Pointeau pour la collecte d'informations, notamment sur le gué de Molans
Septembre-Décembre 2018

Références

  1. G. Leroux. Etude sur la voix antique Rennes-Angers, première partie. Rapport de prospection thématique. Service régional de l'archéologie de Bretagne. Rapport RAP01660 1999. En ligne sur http://bibliotheque.numerique.sra-bretagne.fr/items/show/191
  2. G. Leroux. Etude sur la voix antique Rennes-Angers, seconde partie. Rapport de prospection thématique. Service régional de l'archéologie de Bretagne. Rapport RAP01728 2000. En ligne sur http://bibliotheque.numerique.sra-bretagne.fr/items/show/193
  3. G. Leroux. Le franchissement de la Seiche par la voie antique Rennes (Condate) - Angers (Juliomagus). Fouille, datation et typologie du Pont-Long de la Basse Chaussée à Visseiche (Ille-et-Vilaine). Revue Archéologique de l'Ouest. Année 2002 19 pp. 129-170. En ligne sur http://www.persee.fr/doc/rao_0767-709x_2002_num_19_1_1195
  4. E. Desjardins. Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutinger. Paris 1869 480 pages. En ligne sur https://books.google.fr/books?id=fJNDAAAAcAAJ
  5. J.-C. Meuret. Peuplement, pouvoir et paysage sur la marche Anjou-Bretagne (des origines au Moyen-Age). Société d'Archéologie et d'Histoire de la Mayenne. Laval 1993 656 pages.
  6. Archives départementales du Maine-et-Loire. Cadastre napoléonien. En ligne sur https://www.archives49.fr/acces-directs/archives-en-ligne
  7. Photo aériennes IGN 1950-1965. En ligne sur http://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-3.062940&y=48.070046&z=8&layer1=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.MAPS.SCAN-EXPRESS.STANDARD&layer2=ORTHOIMAGERY.ORTHOPHOTOS.1950-1965&mode=doubleMap