La voie romaine de Vannes à Rennes

Nouvelle présentation. Les voies antiques sont tracées en bleu et les autres chemins en gris. Passer la souris sur les marqueurs pour obtenir des informations



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Résumé

La voie romaine de Vannes à Rennes a été décrite par L. Marsille en 1929 [3]. Entre Vannes et Trédion le parcours a été revu par G. Joubel vers 2010. Suite à des reconnaissances sur le terrain et par avion, le parcours proposé par G. Joubel est légèrement différent de celui de L. Marsille. Il reste cependant très proche.

Entre Trédion et Sérent, l'itinéraire proposé par L. Marsille est incertain. Cependant des vestiges de la voie existent. Ils permettent de reconstituer l'itinéraire avec une assez grande fiabilité.

A l'est de Sérent, la voie semble suivre une série de limites de communes jusqu'à Maure-de-Bretagne. Au delà elle semble continuer vers Rennes.

De Vannes à Trédion

Entre Vannes et Trédion la voie a été décrite par L. Marsille [3] :

« Les fouilles exécutées au nouveau cimetière de Vannes vers 1900 ont permis de préciser son point de départ. »

« Elle sort de Vannes presque au chevet de l'église Saint-Patern, à l'endroit ou s'élevait la chapelle Sainte-Catherine, Elle traverse obliquement l'ancien cimetière, coupe l'angle ouest du nouveau vers son sommet, et s'embranche, en s'éloignant dans la direction du nord, sur l'ancienne route de Josselin [L. Lallement : Fouilles au nouveau cimetière de Vannes. Bull. de la Soc. Polym 1900 p. 28]. Elle passe au nord du moulin à eau de Poignan, traverse la propriété de la Lande. « Puis elle gravit une lande située au nord de cette propriété et plonge ensuite dans un ravin profond. Après avoir suivi pendant quelques instants le bord du ruisseau qui passe auprès du bourg de Saint-Avé d'en Bas, elle traverse la grande avenue du château de Beauregard, et en sort à l'angle du bois de sapins, dont elle suit la lisière; à peu de distance de là, elle se confond avec la route actuelle de Josselin, auprès d'un cabaret, et s'en sépare aussitôt pour la rejoindre au village du Pavé, dans la commune de Monterblanc. »

« A la sortie de la chaussée du Pavé, elle prend la droite de la route de Josselin, laisse la maison de Bélair quelque peu à gauche, et se dirige sur le village de Palhouerne ; de là elle passe à l'ouest et au nord du bois futaie de Kergo, et arrive à la chaussée de l'étang de Kerfla, limite de la commune de Saint-Nolff; elle ne traverse de cette commune qu'une langue de terre comprise entre deux ruisseaux ; elle passe à l'ouest du village de Kerfla et atteint la commune d'Elven au pont du Rodoué. »

« Elle se dirige ensuite sur le moulin à vent de Camarec et sur le village de Keriven, traverse la grande lande au nord de ce village et arrive sur la rivière d'Ars au point où est établie une passerelle ; sur l'autre rive elle se dirige vers les villages de Kérolo, du Boterf, et traverse la lande de Beaulieu dans la direction du village de Kerdossan qui fait partie de la commune de Trédion. Elle arrive ensuite à la maison de campagne de Beauchêne qu'elle laisse un peu à l'ouest, se joint au chemin de Kerfily ; à Trédion un peu en deçà du village des Bruyères, se rend au bourg de Trédion et se dirige sur le moulin il papier de la Ville-Hélec, situé sur la Claye, au nord de Trédion, où elle rejoignait la voie d'Angers à Carhaix. »

« M. Housset a signalé sur le bord même de la voie, à l'entrée de la lande de Beauchêne, une colonne milliaire ou votive sur laquelle il n'a relevé aucune inscription; elle a 1m, 36 de hauteur. »

Au nord de Camarec, sur la commune d'Elven, les reconnaissances effectuées sur le terrain et par avion par G. Joubel indiquent un tracé légèrement différent de celui proposé par L. Marsille. La voie pourrait franchir l'Arz au nord-est de Kerjeno où elle semble visible sur les photos satellites.

Sur la commune de Trédion, la colonnne milliaire mentionnée par M. Housset à l'entrée de la Lande de Beauchêne pourrait être un mégalithe.

Toujours sur la commune de Trédion, le cadastre du XIXe siècle pourrait indiquer que la voie passait par Belair à 300m à l'ouest de la route actuelle reliant Le Léty à la D1 (cadastre d'Elven de 1830, sections A1, A4, F1). Plus au nord, la voie passerait alors par Le Fourneau et Gratenoche, ce qui pourrait la mettre dans la direction de Pont Martin où elle pourrait franchir la Claie.

Au nord de Trédion on a une incertitude pour le franchissement de la Claie. L. Marsille plaçait ce franchissement à la Ville Hellec où un gué est toujours visible. Cependant, un franchissement à Pont Martin semble également plausible en raison de la topographie.

La voie à l'ouest de Sérent

A 400m au nord-est de Bellevue sur la commune de Sérent, les photos satellites indiquent une possibilité de voie antique orientée est-ouest.

A cet endroit, à l'est des Landes de la Villaunay, les vestiges d'une voie d'apparence antique sont effectivement visibles. La bande de roulement de la chaussée, large d'environ 6m, surélevée et orientée est-ouest, est conservée sur environ 50m.

D'après les photos satellites, la voie pourrait prendre la direction du Moulin de Callac à l'ouest, et passer à environ 300m au sud du château de Callac.

Du Moulin de Callac vers l'ouest, toujours d'après les photos satellites, la voie pourrait coincider un moment avec la route actuelle qui passe au nord du Calvaire de Callac. Elle s'en détacherait pour passer par La Ville Audran. De là on peut envisager deux hypothèses, soit une continuation vers l'ouest par La Ville Jacob, soit un changement de direction pour passer la Claie à la Ville Hellec et continuer vers Vannes.

La voie à l'est de Sérent jusqu'à l'Oust

Sur la commune de Sérent, L. Marsille rapporte que l'abbé Marot a cru la reconnaître près de la chapelle de la Madeleine, à quelques centaines de mètres au sud du bourg. De là elle traversait le ruisseau. En remontant elle passait dans le voisinage de la chapelle de Chédanne [3].

Cet itinéraire est plausible. A l'ouest du ruisseau Le Sérentin, on a le château de la Salle. A l'est on a le lieu-dit La Rampe. Plus à l'est la voie pourrait être visible sur les photos satellites au sud-ouest du Croizo.

En poursuivant vers l'est on arrive aux Rues de Haut, puis aux Rues des Bois et aux Rues Maillet. La voie pourrait passer par ces lieux. Les photos satellites semblent ensuite indiquer qu'elle se dirige vers La Ville au Rouge.

La description de L. Marsille empruntée à L. Bizeul [4] semble ainsi confirmée jusqu'à l'Oust :

« Au delà de la rivière d'Oust (vers l'ouest) sont des prairies dans les alluvions desquelles la voie a disparu; mais bientôt on la retrouve au village des Haies en la commune de Sérent, où elle est très visible et très solide, quoique établie sur un sol assez fangeux. Elle est aussi, dans ce voisinage, souvent coupée par les clôtures des champs; mais dans ces champs mêmes, les laboureurs la reconnaissent par une légère élévation du sol et par l'abondance des pierres que la charrue y rencontre. Des Haies, où la voie fait son entrée dans la commune de Sérent, qu'elle traverse d'est en ouest, elle va passer aux villages de la Touche-Morgan, du Lévy, de la Ville au Rouge, et vient couper la route nationale de Vannes à Ploërmel, près du village du Croiso. »[3]

De l'Oust à Maure-de-Bretagne

Une borne milliaire a été découverte en 1976 près de Crohenneuc, à 500m à l'est de l'Oust sur la commune de Caro. Elle porte le nom de Caius Pius Esuvius Tétricus le jeune ce qui indique qu'elle a été érigée entre 270 et 274 [5]. A partir de là, le tracé de la voie semble bien assuré. Il suit la limite de Caro avec Missiriac et Ruffiac, puis celle de Réminiac avec Tréal, puis celles de Monteneuf et Guer avec Carentoir.

A Monteneuf, une branche se détache vers le nord-est et passe près de Saint-Etienne à 1km à l'ouest de Guer [6].

Sur la commune de Comblessac, la voie passe près du camp du Mur qui s'étale sur 5.5ha. Il était défendu par un puissant rempart qui avait au siècle dernier une hauteur de 10m et une largeur de 20m. On suppose qu'il s'agit d'un murus gallicus [7].

Au Camp du Mur, la voie franchit l'Aff puis suit la limite de Comblessac avec Quelneuc, puis celle des Brulais et de Maure-de-Bretagne. P. Banéat a publié trois coupes de la voie dressées par M. Ramé, à 150m de la route de Maure aux Brulais, à 1600m et à 1800m au nord de l'Aff, sur la Lande du But (près de la Ronceraye) [9].

Maure-de-Bretagne

En arrivant à Maure-de-Bretagne, la voie suit une direction nord-est et la limite des Brulais et de Maure. Elle a été observée lors de prospections aériennes au nord de la Bouexière/La Croix Jouanne [8]. Elle est également visible sur les photos satellites.

En poursuivant vers le nord-est, on arrive à 500m à l'ouest de l'Ecotais. A cet endroit, la carte d'Etat-Major indique une continuation, non pas vers le bourg de Maure, mais vers la Gilardais. Ceci est confirmé par le cadastre de Maure de 1830 (section U8). Au niveau de l'Ecotais, alors que la limite communale s'infléchit vers le nord, la ligne de limites de parcelles continue vers le nord-est, puis croise la route de Maure aux Brulais (actuelle D48), et passe par la Gilardais. Cette ligne de limite de parcelles pourrait correspondre à la voie antique.

Si la voie passe effectivement par la Gilardais, elle est dans la direction de Rennes qu'elle pourrait rejoindre par la Chapelle Bouëxic, Guichen et Pont Réan.

Ceci est en contradiction avec ce qui est souvent admis. En effet, la section de voie que nous avons suivie entre Sérent et Maure est généralement supposée assurer une liaison entre Carhaix et Angers [3]. Quant à la voie de Vannes à Rennes, plusieurs itinéraires ont été proposés entre Sérent et Rennes, notamment par Guer [9]et par Beignon [3].

Cependant, l'existence d'une voie reliant Angers à Carhaix par Maure commence à être remise en cause [10][11]. Le cadastre de Maure de 1830 semble confirmer cette remise en cause.

Références
  1. Archives départementales du Morbihan (ADM). Cadastre napoléonien. En ligne sur http://www.morbihan.fr/archives
  2. Archives départementales d'Ille-et-Vilaine (ADIV). Cadastre napoléonien. En ligne sur http://archives.ille-et-vilaine.fr
  3. L. Marsille. Les voies romaines du département du Morbihan. Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan. 1929. pp 3-58. En ligne sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077464.item
  4. L. Bizeul. Mémoire sur les voies romaines de la Bretagne, et en particulier de celles du Morbihan. Caen 1843. En ligne sur https://books.google.fr/books?id=rztfAAAAcAAJ
  5. André Patrick. Le milliaire de Caro (Morbihan) : une dédicace à Tetricus-le-Jeune. Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. Tome 85, numéro 3. 1978. pp. 349-360. En ligne sur http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1978_num_85_3_2943
  6. P. Galliou. Carte archéologique de la Gaule. Morbihan. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 2009.
  7. G. Leroux. Carte archéologique de la Gaule. Ille-et-Vilaine. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 1990.
  8. M. Gautier. PROSPECTION-INVENTAIRE BASSIN OCCIDENTAL DE LA MOYENNE VILAINE ET CENTRE BRETAGNE. Rapport SRA (RAP02536.pdf année 2009). Maure-de-Bretagne, La Bouexière. En ligne sur http://bibliotheque.numerique.sra-bretagne.fr/solr-search?q=rap02536.pdf
  9. P. Banéat. Etude sur les voies romaines du département d'Ille-et-Vilaine. Société Archéologique d'Ille-et-Vilaine. BSAIV 1927 pp. 3-82. En ligne sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k122073r
  10. J.-P. Pincemin. A propos de la voie antique Angers-Carhaix. Questions et perspectives. Les Dossiers du Ce.R.A.A., n°23. 1995, pp.11-18.
  11. S. Le Pennec. Le réseau routier antique du Nord-Ouest du territoire osisme : les tracés et leur environnement humain. Thèse. Université de Rennes 2. 2000.

Y. Autret
Décembre 2011 - Mai 2017

Cet article utilise des éléments fournis par G. Joubel (itinéraire entre Vannes et Trédion), J.-P. Pincemin (indications à Trédion, Plumelec et Sérent), F. Orhan (indications à Plumelec et Sérent), M. Meur (indications à Trédion), P.-E. Fritz (indications au sud de Trédion).