La voie antique de Quimper à Morlaix

Nouvelle présentation. Les voies antiques sont tracées en bleu et les autres chemins en gris. Passer la souris sur les marqueurs pour obtenir des informations


Introduction

La voie romaine de Quimper à Morlaix a été étudiée dès le XIXe siècle. En 1874, R. Kerviler fit la synthèse des travaux effectués par E Halléguen, M. de Blois et E. Flagelle [3, Route n°13 de Morlaix à Penmarc'h, p. 91]. S'appuyant sur E. Halléguen et M. de Blois, R. Kerviler propose un premier tracé par Edern, Saint-Thois, Pont-Paul, Plonévez-du-Faou, Loqueffret et Plounéour-Ménez. S'appuyant sur E. Flagelle, R. Kerviler propose également un tracé plus direct par le Penity en Briec, Pleyben, Brasparts et Pleyber-Christ.

En faisant référence à MM. de Courcy, Halléguen, et aussi à E. Flagelle qui l'aurait parcouru sur toute sa longueur, R. Kerviler propose une liaison entre Quimper et Roscoff. Se détachant de la voie Quimper-Morlaix aux environs de Commana, une branche rejoindrait Roscoff par Loc-Eguiner, Loc-Eguiner, l'est de Guimiliau, l'ouest de Guiclan et Plouénan [3, Route n°25 de Roscoff à Quimper avec embranchement sur Morlaix p. 100]. En 1922, Louis Le Guennec a effectué une description complète de l'itinéraire par Commana. C'est la seule disponible.

Toutes ces hypothèses ont été réexaminées par S. Le Pennec en 2000 [5, Un axe transpéninsulaire liant Morlaix à Quimper, pp. 131-143]. Ainsi, il semble que l'itinéraire par Plonévez-du-Faou résulte d'un raccordement artificiel de sections créées à des époques différentes [5, p. 132]. A ce jour, la seule hypothèse plausible c'est une liaison antique Quimper-Morlaix par Commana. Quant à la branche menant à Roscoff, elle reste incertaine.

Dans cet article, nous allons réexaminer l'itinéraire entre Quimper et Morlaix par Commana, et aussi la branche de Roscoff. Pour chaque section, nous donnerons la description de Louis le Guennec que nous ferons suivre d'un commentaire.

De Quimper aux Trois-Fontaines en Gouézec

La description de Louis Le Guennec

Dans une étude sur le chemin du Tro Breizh publiée en 1922, Louis Guennec a décrit depuis la cathédrale de Quimper la voie romaine de Quimper à Morlaix. En voici quelques extraits:

Là s'ouvrait toute large la voie qui menait à Châteaulin et à Morlaix ; elle est devenue, sur un parcours de 800 mètres, la rue de Kerfeunteun. Au bout de 150 mètres, on trouve maintenant la grande chapelle de l'Institution Saint-Vincent, Petit Séminaire, autrefois le Likés, ou école des Frères. Sur cet emplacement se trouvait un poste gallo-romain très important, commandant l'entrée de Quimper par ce côté, comme sur d'autres points le poste du champ de manoeuvre, au-dessus de Loc-Maria, commandait les routes de Concarneau et de Carhaix, de même que celui de l'Ecole Normale, au-dessus du Bourlibou, dominait les routes de Pont-l'Abbé, de Douarnenez et du Cap-Sizun.

Huit cents mètres après avoir passé devant l'église de Kerfeunteun, à l'endroit appelé l'Ange Gardien, la route se bifurque. La branche qui va en ligne directe est l'ancienne route de Châteaulin et de Brest ; celle qui s'infléchit à droite, l'ancienne voie romaine allant à Morliaix et à Saint-Pol-de- Léon ; c'est celle que nous avons à étudier. Elle va passer près du manoir du Loc'h, descend dans le vallon, traverse la nouvelle route de Châteaulin et le ruisseau, remonte l'autre pente en chemin creux, derrière Coat-Billy, et arrivée sur le plateau, près de Ty-Ma-Fourman, retrouve sa largeur primitive jusqu'à Ty-Sanquer, où elle se confond avec la route de Briec, pendant deux kilomètres.

Au bout de quelque temps, on est à une bonne altitude, à la cote de 126 mètres, et l' on découvre un bel horizon qu'enjolivent les hauteurs de Locronan. Puis on arrive au Pénity, appelé autrefois Pénity-Saint-Ronan, parce qu'il y existait une chapelle sous le vocable de ce saint. Cette chapelle dépendait-elle des Hospitaliers de Saint-Jean, et indiquait-elle une halte ou un repos pour les pélerins ?

A 100 mètres plus loin, on laisse à droite la nouvelle route de Briec, et l'on s'engage dans le chemin de gauche qui est plus étroit, mais qui était autrelois bien plus large, ayant été rétréci par les emprises faites pour clôturer les champs. Au bout de un kilométre ou 1.100 mètres, on trouve à gauche l'entrée du village de Guellen. C'est dans ce village qu'était dressée autrefois la statue équestre mutilée, que M. le président Trévédy fit transporter au musée de Quimper, et qu'il a décrite avec grande complaisance sous le nom de cheval anguipède, dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère.

Reprenons encore notre chemin et, au bout de deux kilométres, nous trouverons à notre gauche une voie charretière qui nous mènera, au bout de 500 mètres, à la ferme de Lanvern et à la chapelle de Saint-Egaree qui en dépend. Puis, au bout de 400 mètres, on est à Ty-Fao ct la route carrossable s'infléchit à droite pour prendre la direction du bourg de Briec. C'est là un embranchement allant en effet par Briec, puis par Edern et la chapelle de Saint-Jean-Bod-Lann, et conduisant probablement a Carhaix par Châteauneuf ; et c'est un embranchement romain, comme l'attestent un petit pan de maçonnerie en appareil cubique et des tuiles à rebord, mis a jour par M. Croissant fils, à l'entrée d'un champ, à 500 ou 600 mètres de cette bifurcation.

Mais la voie que nous devons continuer se prolonge en ligne directe vers le Nord ; et, comme elle n'a pas été exploilée et appropriée comme chemin vicinal, elle garde sa physionomie ancienne et une largeur considérable. On l'appelle Carhent ar Guellen (le sentier ou la roule charretière du Guellen), ce qui semble indiquer l'importance ancienne de ce village. Elle descend en pente douce dans le vallon, traverse des prairies et tourbières, rencontre la route de Landrévarzec, remonte pour passer à. côté de Ty-Men et a 8OO mètres environ de la chapelle de la Madeleine.

... nous arrivons à l'endroit dit les Trois-Croix, où elle se confond avec la nouvelle route jusqu'à la chapelle de N.-D. des Fontaines, en Gouézcc. Mais à 300 mètres des Trois-Croix, observons un chemin vicinal qui prend à gauche et qui conduit au village de Kerdrein et à la chapelle de Notre-Dame d'Ilijour, à 1.500 métres de distance.

Reprenons notre chemin de pèlerinage, qui se confond avec la route actuelle de Pleyben, jusqu'à la chapelle de Notre-Dame-des-Fontaines, laquelle doit cette dénomination aux trois fontaines qui l'avoisinent et qui ont leurs légendes dans le pays. L'une s'appelle la Fontaine de Notre-Dame, la seconde, de Saint-Jean ; et la troisième, des Trois-Maries.

Commentaires

Si un établissement antique existait au Likès [1, p. 383], un poste gallo-romain semble plus incertain. La séparation de la route de Châteaulin et de celle de Morlaix pouvait se faire à l'Ange Gardien. Cela est possible mais pas certain. La séparation pouvait aussi s'effectuer plus au nord, à Ty-Carré, pour rejoindre Ty-Sanquer. Ce n'est qu'au nord de Ty-Sanquer que la voie antique devient plus assurée. On passe par Guellen sur la commune de Briec. C'est là qu'on a découvert la statue gallo-romaine en granite d'un groupe équestre foulant un anguipède (actuellement à Quimper au Musée départemental breton). Les cavaliers à l'anguipède se trouvent souvent à la campagne, au bord des chemins antiques.

Peu avant les Trois-Fontaines, le cadastre de 1814 de Briec n'indique qu'une route créée récemment pour rejoindre les Trois-Fontaines. Le cadastre indique sans aucune ambiguïté que les parcelles 231 à 236 (section B2) ont été coupées par la route qui relie Briec aux Trois-Fontaines puis à Pleyben. De plus, le cadastre n'indique pas de chemin plus ancien arrivant aux Trois-Fontaines par le sud. Le cadastre indique au contraire que la route qui arrive de Pleyben par les Trois-Fontaines continue vers l'ouest en direction de la chapelle de Garnilis. Ainsi, on peut supposer qu'il existait un croisement de voies antiques à l'ouest de Trois-Fontaines sur la commune de Briec. Une voie romaine nord-sud menant à Quimper pouvait croiser une voie nord-est/sud-ouest venant de la direction Morlaix. Cette dernière, peut-être d'origine pré-romaine, semble passer près de la chapelle de Garnilis où un tambour de colonne cannelée en granite de 0,89mx0,74m a été découvert au cours des années 1980 [1, p. 116]. Elle pouvait également rejoindre Quimper en suivant un itinéraire inconnu à ce jour.

Des Trois-Fontaines à Commana

La description de Louis Le Guennec

Maintenant, la route nouvelle se dirige le long du vallon, mais la voie ancienne passe près du calvaire et attaque franchement le flanc de la montagne ; elle s'élève rapidement ; sur ses bords on trouve deux croix, à des carrefours. Après avoir monté pendant deux kilomètres, on traverse un col entre deux cimes rocheuses dont la plus haute porte la cote 227 ; et tout d'un coup, en un instant, au moment où l'on s'y attend le moins, apparaît devant les yeux le plus saisissant spectacle qui se puisse imaginer.

Ici, le coup d'oeil est incomparable: c'cst toute la chaîne des montagnes d'Arrée bleuissant dans le lointain et se découpant nettement sur le ciel, avec la calotte du Saint-Michel dominant le tout ; ce sont les vastes campagnes de Pleyben, Brasparts, Châteauneuf, avec leurs champs cultivés , leurs riches verdures, leurs plaines, leurs coteaux, leurs clochers, leurs bourgs et leurs villages aux maisons blanches ; et pendant toute la descente du versant Nord, on aura devant les yeux cette vision merveilleuse qui ira se diminuant, s'effaçant peu à peu, à mesure que l'on descendra dans la vallée.

La route continue ainsi, sauvage , pierreuse, ravinée et toujours droite, jusqu'a ce qu'elle soit arrivée a Pont-Caublant [Pont-Coblant], où elle rencontre l'Aulne , Ster-Aon, la plus glorieuse de nos rivières, qui traverse tout notre département, de l'Est a l'Ouest, y décrivant des méandres innombrables.

Nous sommes sur le terrain de Pleyben ; nous contournons un peu la hauteur qui se présente devant nous ; au bout d'un petit kilomètre, la vieille voie se détache du nouveau chemin, mais le cotoie a quelques vingt mètres de distance, pour venir de nouveau se confondre avec lui avant d'arriver au bourg.

Désormais, le vieux chemin est plus imprécis ; tantôt il s'en va isolé, tantôt il se confond avec le chemin moderne datant de 1816, ou bien il est accaparé par les champs. En tout cas, au bout de deux kilomètres, il va passer non loin de la chapelle de Notre-Dame de Lannellec, qui est bâtie au milieu d'un camp assez vaste, dont on voit encore les retranchements et les douves a l'Est et à l'Ouest.

A partir de ce point, quelle est la direction véritable de la vieille voie ? suit-elle le chemin actuel ou va-t-elle vers Keriéquel et se perdre dans les bas-fonds impraticables ? Mais nous la retrouvons d'une façon sûre après la traversée du vallon de Keryéau ; au lieu de faire une courbe par Kermerrien, elle monte tout droit vers Coatiliou, laissant à droite, à un peu plus d'un kilomètre, la jolie chapelle gothique de la Madeleine, descend par l'entrée des terres du manoir de Quillien, à Croaz-ar-c'huré, et traverse la rivière de Pont-Pras, séparant Pleyben de Brasparts, puis monte vers le bourg en rampe assez ardue.

Compeza Brasparts,  Aplanir Brasparts
Diveina Berrien,  Enlever les pierres de Berrien
Diradenna Plouyé,  Enlever les fougères de Plouyé
Zo tri zra dreist galloud Doué  Sont trois choses impossibles à Dieu

C'est un dicton du pays, dont nous pourrons vérifier l'exactitude pour ce qui concerne Brasparts, qui est en effet tout en collines tourmentées et en vallons profonds.

Continuons notre pérégrination. Prenons la route de Morlaix jusqu'à l'embranchement du chemin de Saint-Rivoal. Tout près se trouve un groupement triple de maisons , connu sous le nom de Château-Noir, puis un camp romain qui a dû en premier lieu porter cette appellation. Dans le champ qui a remplacé le camp, on a fait disparaître des levées de terre et des maçonneries. Dans les abords du village on voyait autrefois des substructions, des pans de murs, des tuiles et beaucoup de blocs de scories de fer.

Cette digression finie, quittons la grand'route. Le vieux chemin, au lieu de passer a l'Est du Saint-Michel pour longer les bords du Yun-Elé, escalade la montagne, droit vers le Nord. Il faut gravir une pente assez raide au milieu des cailloux roulants et des fosses profondes, ravinées par des eaux parfois torrentielles. Arrivé au sommet, on est sur un plateau assez étendu, et l'on voit au loin le chemin s'avancer, à travers la montagne aride, vers Bodenna, Roquinarc'h, Roudouderc'h, noms aux consonnances étranges, en analogie avec la nature qui leur sert de cadre.

Après avoir rencontré le « Chemin du Comte », antique voie féodale frayée en pleine montagne sur un parcours de plusieurs lieues, et qui séparait autrefois les deux comtés de Léon et de Poher, comme elle limite aujourd'hui les arrondissements de Morlaix et de Châteaulin, la voie se perd sur une garenne, mais réapparaît bientôt, très large et fortement creusée, à la descente de Roudouderc'h (1), gros hameau perdu dans ces fauves solitudes, Sur le versant Ouest de Toussaines, le plus haut sommet de l'Arrée appelé le Mont Saint- Michel. La remarqne a déjà été faite que les lieux nommés Roudour se trouvent tous situés sur les points où un vieux chemin traverse à gué un ruisseau, Ici, en effet, à un kilomètre au-dessous du hameau , on franchit, au milieu d'un immense cirque pierreux et desséché, tapissé de genêts nains et de bruyères, l'Elorn encore naissant, a peine sorti des marais du Roz-du, et qui décrit bientôt au Nord un brusque crochet pour s'échapper des montagnes par la sauvage gorge du Hengoat.


La voie à Roudouderc'h, au sud du gué sur l'Elorn

Devant nous se dresse une haute crète schisteuse, bizarrement déchiquetée en saillies aiguës, Notre voie l'attaque résolument de front. Il y a là une montée assez courte, mais rude, Il faut reconnaitre que les créateurs de cette route ont habilement choisi, pour lui faire passer les montagnes, l'un des endroits les moins élevés de cette partie de la chaîne. L'altitude est seulement de 283 mètres, alors que les sommets voisins ont des cotes bien supérieures, 324, 344, 368 mètres. D'ailleurs, les quelques fatigues de l'ascension sont amplement rachetées par la vue merveilleuse qu'on découvre du faite, en même temps qu'un souffle vivifiant et frais vient caresser le front. Le regard embrasse les riches campagnes léonaises, étalant au pied des montagnes leurs cultures, leurs champs, leurs bois, leurs vallées baignées d'ombre et de lumière, leurs cent clochers à jour émergeant des verdures, jusqu'à la mer traçant sur l'horizon un demi-cercle d'eau bleue. De là, les pèlerins du Tro-Breiz pouvaient apercevoir, par des temps dégagés, la flèche du Creisker marquant Saint-Pol-de-Léon, le but de leur voyage.

Presque au sommet se trouve plantée sur un tertre, a gauche du chemin, une croix dite Croas-Mélar ... Cette croix doit sans doute marquer l'endroit qui vit au sixième siècle un fait miraculeux relaté dans la Vie de Saint Méloir publiée par M. de Gouvello (1). Après avoir égorgé le jeune prince Mélar ou Méloir au château de la Boissière, près Lanmeur (vers 538), ... [l'assassin porta la tête de Mélar à Quimper, et le corps resta à Lanmeur. Les reliques devinrent] l'objet de contestations et de querelles entre les populations de Domnonée et de Cornouaille, chacune d'elles voulant posséder le précieux corps dans son intégrité. Pour apaiser la discorde, une assemblée d'évêques, de moines et de pieux laïques, résolut de s'en remettre au jugement de Dieu. Selon la décision prise, le clergé et les fidèles de Quimper et de Lanmeur se mirent en chemin pieds nus, après un jeûne de trois jours, en portant le chef et le corps du glorieux saint. Ils se rencontrèrent sur les frontières de 1eurs deux pays, à l'endroit où la route franchissait les montagnes d'Arrée, et, ayant placé les reliques à une certaine distance l'une de l'autre, ils se mirent en prières, attendant que le saint voulût bien manifester sa volonté par quelque miracle. Une foule immense assistait à l'épreuve, invoquant Dieu à grands cris, et récitant l'oraison dominicale. Tout à coup, aux yeux de la multitude, la tête s'éleva dans les airs et vint rejoindre le corps. C'était un signe non équivoque que Mélar voulait reposer tout entier dans son tombeau de Lanmeur.

A gauche de la croix, près du vallon de l'Elorn, s'aperçoit parmi un bouquet d'arbres le village de Kerfornédic, mentionné dans la charte de 1160 en faveur des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, sous le nom de Kaerfornerit in Commana. C'est le centre primitif des possessions de l'ordre de Malte dans cette paroisse, qui furent plus tard appelées « le membre du Mougault » et dépendirent de la commanderie de La Feuillée.

Le village du Mougault, situé sur la route même de Quimper, entre Kerfornédic et Commana, devint ensuite le chef-lieu de l'établissement des Hospitaliers dans la région. IIs y établirent probablement un hôpital pour recueillir les voyageurs et les pélerins, fatigués d'avoir traversé la montagne, et construisirent une chapelle dont on voit encore les restes. Jusqu'au Mougault, le vieux chemin, pierreux et raviné, dégringole de biais les pentes, en s'inclinant vers l'Est. Aux fougeraies desséchées, aux mornes landes brûlées par le soleil et le vent, succèdent des verdures de prés et de taillis, quelques champs de céréales, puis l'on rencontre, tout au bord de la vieille voie, un magnifique dolmen de quatorze mètres de longueur, nommé al Lia-Ven (la loge de pierre). Il mesure intérieurement 1 m. 60 de hauteur sous plafond.

Un peu plus loin, on voit un groupe de trois moulins pittoresquement échelonnés près d'un étang, dont la chute d'eau rebondit en écume sur les vieilles roues ruisselantes et noircies. Il y a là un joli site de feuillage et d'eau courante, délicieux à rencontrer au sortir de la montagne. L'un de ces moulins s'appelle encore le moulin de la Commanderie. Ensuite se montrent à gauche les ruines de la chapelle de Saint-Jean-du-Mougault, qui trempent dans une sorte de marécage.

A la sortie du Mougault, on coupe l'ancienne grand'route de Landerneau à Carhaix, et l'on atteint le bourg de Commana, posé sur le haut d'une colline, en face de l'impressionnante perspective de l'Arrée.

Pour bien affirmer que nous sommes réellement ici sur le parcours du vieux chemin de Quimper à Morlaix et à Saint-Pol, il suffit de rappeler la déclaration faite par le recteur, M. Podeur, le 16 mars 1766, où il dit que son bourg est situé sur le chemin de Morlaix à Quimper (1).

Commentaires

Le passage de l'Aulne à Pont-Coblant peut avoir une origine antique. Une pierre en forme de pied humain y a été trouvée. Il pourrait s'agir d'un ex-voto antique [1, p. 208]. Une importante villa gallo-romaine a également été découverte à Moguérou, à 700m à l'ouest de Pont-Coblant [1, p. 208]. On y a trouvé un petit bâtiment qui pourrait être un temple ou un monument funéraire pouvant être en rapport avec une voie antique.

A 2km au nord de Pont-Coblant, près de Garzabik, un chemin parallèle à l'actuelle D785 correspond à l'ancienne route. Sur un côté du chemin, un délaissé surélevé d'un mètre pourrait correspondre à la voie antique [1, p. 279].

Cependant, la voie antique pouvait passer plus à l'ouest. En examinant le cadastre de Pleyben de 1813 autour de Pont-Coblant (section H1 et G3), on voit que le passage primitif de l'Aulne devait se faire à Penarpont, à 200m à l'est du pont actuel. De là partent deux chemins, l'un qui rejoint le bourg de Pleyben, l'autre qui rejoint Brasparts en passant à 2km à l'ouest du bourg de Pleyben et par la chapelle de la Trinité. Une croix de chemin du XVe siècle est toujours visible à l'embranchement [6, n°1482]. Le chemin de Pleyben semble avoir coupé les parcelles H1-347/G3-562 et H1-348/G3-562 et ne semble pas antique. Après Penarpont, le chemin antique pourrait être celui qui continue tout droit, passe entre Pennoc'h et Kerantamant, à l'ouest de Penarprat, Kerhonan, Pennavern-Tréziguy, Kergogan, et Penguilli Vraz. Au croisement de l'actuelle D48 qui relie Châteaulin à Plonévez-du-Faou, il continue vers la chapelle de la Trinité. En 1813, l'embranchement de Killiegou qui permet de relier directement Brasparts à Châteaulin n'existait pas. Plus au nord, le passage de la Douffine s'effectuait au Moulin de la Marche. Au nord de la Douffine, le chemin montait à travers les collines en suivant un itinéraire aujourd'hui disparu. Il passait Pontigou et rejoignait le bourg de Brasparts par un chemin en pente raide.

Au nord de Brasparts, l'itinéraire est plus assuré. Il passe à 500m à l'est de Castel Du où des vestiges d'époque romaine ont été trouvés, ainsi qu'une petite plaquette de schiste gravée du nom Veus et du dessin d'une tête humaine. Une enceinte terroyée quadrangulaire, doublée d'un fossé, existe à proximité [1, p. 111].

En suivant un itinéraire plein nord, on passe Roudouderc'h et on arrive sur la crête des Monts d'Arrée, près de Croas-Mélar, à 3,5km au sud-ouest du bourg de Commana. Le miracle de saint Mélar nous indique que le chemin de Quimper à Morlaix passait près de Croas-Mélar au moment il a été relaté, peut-être au IXe siècle pour le texte découvert par Dom Plaine à Meaux.


Le paysage traversé par la voie au sud de Croas-Mélar

De Commana à Morlaix

La description de Louis Le Guennec

Au Nord de Commana, notre voie parcourt un pays tourmenté, coupé de vallons agrestes, hérissé d'énormes dentelures rocheuses ou jonché de blocs erratiques tantôt isolés, tantôt superposés de la manière la plus étrange. A trois kilomètres du bourg, on croise à droite l'ancienne avenue du château du Bois de la Roche, près d'un étang endormi sous son vert manteau de plantes aquatiques.

On traverse la Penzé sur un pont de pierre tout récent, puis l'on coupe le chemin de Plounéour-Ménez à Loc-Eguiner, qui, sous sa forme modernisée, n'est rien autre chose que la grande voie romaine de Carhaix à Plouguerneau. Au carrefour s'élève une vieille croix de pierre (1). On passe ensuite, à travers une région accidentée et à demi-inculte, près des hameaux de Kerandraon, de Kergaër (à un kilomètre et demi au Nord-Ouest, au bord du Coatoulsac'h, village de la Boissière (2) et de Kervern.

Un kilomètre plus loin, à la rencontre d'un vieux chemin venant de Plounéour-Ménez, il y a une belle croix a personnages.

A peu de distance de cette croix, sur le versant d'une haute colline parsemée de blocs granitiques, se montraient il y a quelques années les ruines de la chapelle de Saint-Donoal [aujourd'hui Saint-Donat]. Elle existait déjà en 1459, d'après les aveux de la terre de Lesquiffiou.

La route descend ensuite en laissant à droite le hameau de Gorréploué, au Nord duquel M. Flagelle a signalé, dans un chemin creux, un gisement de tuiles à rebord. On remarque a droite, appuyée au talus , une croix pattée, brisée en deux et surmontée d'une statuette mutilée du Christ, puis, après avoir passé un ruisseau, on atteint la chapelle de Christ, voisine du bourg de Pleiber-Christ. Dès le douzième siècle, le Christ était un prieuré de l'abbaye de Saint-Jacut-de-la-Mer, au diocèse de Saint-Malo. Une bulle du pape Alexandre III, donnée en 1163 pour ce monastère, mentionne parmi ces dépendances « villam Christi de Pleyber cum appendiciis suis (1) ». La chapelle a été rebâtie en 1822.

Encore un kilomètre, et nous sommes a Pleiber-Christ, Sur la grand'route de Morlaix a Quimper. Là, notre voie se bifurque ; l'un des embranchements continue vers Morlaix, sous le nom de Hent Kemper [le chemin de Quimper]. Tout a fait abandonné, mais bien conservé et très large, il passse au manoir de Kerjézéquel, à la croix des Justices de Lesquiffiou, au manoir du Treuscoat, à Kerivin, à Traonarvilin, et monte vers l'église de Saint-Martin de Morlaix, sous laquelle il rejoint la voie de Brest.

Commentaires

Une aumônerie des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem est signalée à Commana dans la charte apocryphe de 1160 dite de Conan IV (« et de Kaerfounric in Commana. » [7, p. 10]). Kaerfounric c'est aujourd'hui Kerfornédic, un village situé à 4km au sud-ouest du bourg de Commana.

Un document cité par l'abbé Guilloton de Corson indique qu'en 1617 c'est le Mougau, à 3km au nord-est de Kerfornédic, qui est la possession principale des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Commana [8, pp. 42-43] :

Dans la paroisse de Commana se trouvait le membre de Saint-Jean du Mougoult. Là s'élevait une chapelle en l'honneur de saint Jean-Baptiste, reconstruite en 1659, renfermant trois autels, entourée d'un cimetière et accompagnée d'une « belle fontaine avec niche pour la statue de saint Jean. » Le commandeur avait ses armoiries dans la maîtresse-vitre et en nommait le chapelain, qui était en 1617 dom Jean Gorret (visites de 1617 et 1720).
A côté, les eaux des deux étangs de Mougoult faisaient tourner le moulin de la commanderie. Les villages de Mougoult, Kerhamon-Moal, Penanroz, Kerdreinbraz, Peintrès, Quillidiec et Kerfornérit, avec une vingtaine de tenues, relevaient du commandeur.

L'installation des Hospitaliers au Mougau est-elle liée à la présence d'une voie antique, ou bien est-ce leur installation qui a entraîné une déviation du chemin ? On l'ignore.

D'après S. Le Pennec, après Croas-Mélar, la voie antique de Quimper à Morlaix pouvait passer par Quillidiec à 2km au nord-ouest du bourg de Commana [5, p. 140]. On peut aussi envisager un passage par Roscoat à 500m à l'est du Mougau, puis par Kerradénec à 500m au nord-ouest du bourg.

Dans tous les cas on franchit la Penzé à 300m au nord du Moulin de la Roche. A cet endroit on croise un chemin qui se détache de la voie romaine de Carhaix à l'Aber-Wrac'h à 2km à l'ouest du bourg de Plouénour-Ménez. Ce chemin est-ouest va s'embrancher sur la voie supposée romaine de Carhaix à Landerneau, aux environs de Croaz Cabellec, à la limite de Commana, Saint-Sauveur et Sizun. Il pourrait être antique. Il pourrait également permettre une liaison entre Morlaix et Sizun.

Reprenons le chemin de Morlaix au passage de la Penzé. Il croise la voie romaine de Carhaix à l'Aber-Wrac'h à Ty Croaz, puis continue vers Martel. Après Kerandraon la route de Morlaix indiquée dans le cadastre de Plounéour-Ménez de 1837 bifurque vers le nord pour entrer sur la commune de Pleyber-Christ au sud de Kervern. La voie antique pouvait passer à 500m à l'est. C'est ce que semble indiquer une ligne de parcellaire dans le cadastre. A 100m au sud du village de Lanhéric, une croix du XVIe siècle [6, n°2201] pourrait marquer l'endroit où passait la voie de Quimper à Morlaix.


Plounéour-Ménez, Lanhéric
La croix pourrait se trouver au croisement de la voie antique

La voie passe ensuite à 200m à l'ouest de Saint-Donat en Pleyber-Christ. A partir de là l'itinéraire est plus assuré. Il passe par la chapelle du Christ, puis à 300m à l'ouest de l'église de Pleyber-Christ. Il continue par la Justice et s'embranche à Saint-Martins-des-Champs dans la voie antique Morlaix à Saint-Pol [5, pp. 134-140].

De Commana à Saint-Pol-de-Léon ou Roscoff

Louis Le Guennec pensait qu'une voie antique reliait Quimper à Saint-Pol-de-Léon par le bourg de Pleyber-Christ. Cette hypothèse est cependant peu plausible. En effet, entre les longitudes de Saint-Pol-de-Léon et de Pleyber-Christ, il y a près de 10km d'écart vers l'est. Le détour est très important. Louis Le Guennec a sans doute cherché sans succès d'autres voies d'apparence antique pouvant être utilisées pour aller de Quimper à Saint-Pol-de-Léon. L'embranchement de la Garenne sur la commune de Guimiliau a du lui échapper.

A la croix de la Garenne, à 2km au sud-est du bourg de Guimiliau, un embranchement antique probable se détache de la voie romaine de Carhaix à l'Aber-Wrac'h pour rejoindre Saint-Pol-de-Léon ou Roscoff par l'est de Guimiliau et Plouénan [5, p. 171].

Arrivant de Quimper par Commana, à Ty-Croaz, au croisement de la voie romaine de Carhaix à l'Aber-Wrac'h, on pouvait suivre cette dernière vers le nord-ouest sur 4km, puis l'embranchement qui menait directement à Saint-Pol-de-Léon ou à Roscoff. Le détour est nettement moins important que celui par Pleyber-Christ. L'écart de longitude entre Guimiliau et Ty-Croaz est de 4km vers l'est. Il est de 9km si on va jusqu'à Pleyber-Christ.

On peut se demander si un itinéraire antique plus court a pu exister pour aller de Quimper à Saint-Pol-de-Léon ou Roscoff. Un chemin antique reliant directement Croas-Mélar aux environs de Guimiliau est peu probable. On ne trouve pas de trace d'un tel chemin dans les cadastres du XIXe siècle.

On peut aussi envisager un itinéraire antique passant par, ou près de Sizun, puis par Landivisiau ou Lampaul-Guimiliau. Au début du XIXe siècle, pour aller de Sizun à Quimper, la route du Faou ne s'était pas totalement imposée. On pouvait encore suivre un itinéraire par Lopérec. C'est le « Chemin de Sizun à Quimper » indiqué dans le cadastre de Sizun de 1812 (section J3). Cependant, on ignore si ce chemin a une origine antique.

Conclusion

La voie antique de Quimper à Morlaix semble avoir réellement existé même si quelques tronçons restent incertains.

Moyennant un écart de quelques kilomètres vers l'est, en suivant une branche de la voie romaine de Carhaix à l'Aber-Wrach, elle pouvait aussi permettre de relier Quimper à Saint-Pol-de-Léon ou Roscoff.

Y. Autret
Juillet 2016

Références