Les voies antiques entre Quimper et Landerneau par Le Faou

Nouvelle présentation. Les voies antiques sont tracées en bleu et les autres chemins en gris. Passer la souris sur les marqueurs pour obtenir des informations



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Dernière mise à jour février 2016.

Introduction

Au XIXe siècle, E. Halléguen [1] et R. Kerviler [2] ont été les premiers à mentionner l'existence d'une voie antique entre Quimper et Landerneau. En se basant également sur les travaux de E. Flagelle [3], R. Kerviler a proposé deux tracés. Le premier correspond à la route royale n°170, créée au XVIIIe siècle pour relier Quimper à Landerneau par Châteaulin, Pont-de-Buis, Le Faou, Irvillac et Saint-Urbain. Le second tracé proposé passe par Le Faou, l'Hôpital-Camfrout, Daoulas et Dirinon.

En 1923, le Dr Picquenard a complété les travaux de ses prédécesseurs et décrit un itinéraire antique entre Quimper et Landerneau supposé passer par Châteaulin, Pont-de-Buis, Le Faou, Irvillac, et Saint-Urbain [4]. Depuis le XIXe siècle, l'existence d'une voie antique entre Quimper et Landerneau n'a jamais été remise en cause [5]. Cependant, des doutes apparaissent sur les itinéraires qui ont été proposés.

Dans cet article, en utilisant les données de [6], et surtout [7], nous allons examiner successivement les sections suivantes:

    De Quimper au Vieux-Passage de Logonna-Quimerc'h
    Du Faou à Landerneau

De Quimper au Vieux-Passage de Logonna-Quimerc'h

Commune de Quimper

En 1923, à propos de la voie antique reliant Quimper à Landerneau, le Dr Picquenard a fait la description suivante [4, p. 130]:

La principale branche de cette grande voie, celle qui va nous conduire au nord, vers Landerneau et au delà, est bien connue depuis les travaux de Flagelle et du Dr Halléguen. Cependant, étant donné son importance, je tiens à en dire quelques mots. J'emprunte, à peu près textuellement, à mon étude sur L'occupation romaine dans le bassin de l'Odet (1), ce que j'ai dit de son parcours entre Aquilonia et Châteaulin:
(1) Tirage à part, p. 27.

«... elle laisse à droite l'établissement gallo-romain de la place Saint-Corentin, atteint, en escaladant le coteau, le poste du Likès situé au nord, longe le côté est de ce poste et continue à se diriger au nord. A 800 mètres au-dessus de Kerfeunteun, la voie de Morlaix se détachait de la grande voie. Au delà de cet embranchement, la grande voie existe presque en entier, souvent merveilleusement conservée jusqu'à l'entrée de Châteaulin. »

Nous la voyons encore très large, escaladant tous les coteaux, sur une étendue de 8 kilomètres, de Kermazet, en Kerfeunteun, à Kerhervé, en Landrévarzec. Elle se trouve à peu près complètement incorporée à la route nationale actuelle depuis ce point jusqu'à la hauteur du moulin de Kergoat, à 2 kilomètres plus au nord.

L'itinéraire décrit par le Dr Picquenard est pratiquement confondu avec la petite route moderne qui relie Quimper à Landrévarzec en passant à 400m à l'est de la chapelle de Ty-Mamm-Doue, puis par Ty-Ru (maison rouge). Cette route est appelée "Voie romaine" à Quimper. En arrivant à la limite de Landrévarzec, elle est pratiquement rectiligne sur 2km. Elle correspond très exactement à la route royale n°170 construite au XVIIIe siècle.

Le cadastre de 1835 de l'ancienne commune de Kerfeunteun montre que cette route a été précédée d'une autre. Quelques parcelles jouxtant la route royale semblent être les vestiges d'une voie plus ancienne (A3-886 à l'est de Coat an Escop, B1-276 à l'ouest de Kerho, B1-137 à l'ouest de Keraliès).

Sur la commune de Quimper, l'hypothèse d'une voie antique pratiquement confondue avec la route royale paraît vraisemblable. Le tracé observé dans le cadastre est sans rupture.

Trois embranchements sont possibles. Le premier pourrait se détacher à 800m au nord de l'église de Kerfeunteun, à l'actuel rond-point de l'Ange gardien, et rejoindre Morlaix par Briec, Pont-Coblant et Pleyben. Le second pourrait se détacher à 500m au nord de Ty-Ru et rejoindre vers le nord-ouest Locronan par la chapelle Seznec et Plogonnec. Le troisième pourrait se détacher à Garsabic et se diriger vers Pont-Quéau, puis Saint-Albin, et peut-être Quéménéven. Bien que cela soit souvent considéré comme admis, rien ne prouve que ces embranchements sont antiques.

L'embranchement de Briec semble être médiéval. En effet, des coupures de parcelles sont probables et remettent en cause une origine antique (C2-351, C1-170, C1-10). On pourrait faire les même remarques pour les deux autres embranchements. Cependant, ces embranchements médiévaux peuvent avoir remplacé des embranchements antiques qui se trouvaient à des endroits différents et qui ont disparu.

L'embranchement de Saint-Aubin traverse le Fief de l'Evêque mentionné dans la Réformation de 1426 [8]. L'embranchement de Plogonnec traverse par le milieu le Fief de Rohan, lui même limité à l'ouest et à l'est par le Fief de l'Evêque. On ignore si ces fiefs se sont constitués autour de routes pré-existantes, ou si les routes ont été construites au Moyen Age pour assurer la communication à l'intérieur des fiefs.

Commune de Landrévarzec

Un kilomètre avant la chapelle de Quilinen, la route actuelle se sépare de la route royale et vire complètement à droite alors qu'un chemin continue tout droit. Ce chemin de terre de 800m de long correspond à l'ancienne route royale. Au bord de ce chemin, une petite parcelle triangulaire dont la base s'appuie sur la route, est appelée "Frontic an nent meur" (le petit champ en face de la grande route) dans le cadastre de 1814. Plus au nord et plus au sud, d'autres noms de parcelles au bord de la route royale font référence à une grande route (hent meur): "Pradic an nent meur" (L1-1), la petite prairie de la grande route, "Parc an nent meur" (L3-790, L3-791, L3-805), le champ de la grande route, Sans être une preuve qu'une voie antique a précédé la route royale, ces toponymes sont un indice de l'existence d'une voie ancienne, voire antique.

Au nord de Quilinen, la route royale se confond avec l'actuelle D770 sur 2,5km, puis avec la D61.

Communes de Landrévarzec, Quéménéven, Briec, et Cast

Au sud de Landrévarzec, l'existence d'une voie antique pratiquement confondue avec la route royale paraît vraisemblable. Plus au nord il existe plusieurs voies anciennes parallèles, et la situation est incertaine.

La route royale reste un kilomètre sur la commune de Quéménéven. Elle passe par la Gare à 3km à l'est du bourg, puis remonte plein nord. Sur le cadastre du XIXe siècle, des parcelles proches de la route royale semblent être les vestiges d'une route plus ancienne (C3-642, C3-639, C3-638, C3-573, C3-589, C3-590).

Cependant, sur les deux kilomètres au sud de la gare de Quéménéven, on constate que la route royale suit un parcours peu compatible avec une voie antique. Elle franchit successivement deux ruisseaux en amont de leur confluent. Au Moulin du Lay, la route royale franchit un ruisseau, puis longe son affluent sur 500m avant de le franchir en virant de 90° vers le nord-ouest.

Au nord de Landrévarzec, un itinéraire plus ancien ne passant pas par la Gare de Quéménéven pourrait exister. Le cadastre indique à cet endroit une voie ancienne qui passe à 500m à l'est de la chapelle Saint-Vénec en Briec, puis sur la commune de Cast au Moulin du Duc, et continue plein nord en direction de Châteaulin.

Commune de Cast

Reprenons la description du Dr Picquenard depuis le nord de Landrévarzec [4, p. 131]:

On se rappelle qu'entre Kergoat et la gare de Quéménéven elle passe à Quinigou, station gallo-romaine. Elle traverse le Steir à une centaine de mètres avant d'atteindre la gare, Au delà, pendant près de 9 kilomètres, c'est-à-dire jusqu'à Châteaulin, elle se présente presque partout merveilleusement conservée. Il faut suivre à pied ce grand chemin qui franchit les Montagnes Noires. Au milieu du trajet principalement, pendant le passage dans les landes monotones, sur le grès armoricain, on jouira d'une admirable succession de panoramas variés, Non seulement la Cornouaille presque entière se déroulera devant nous, de la mer à la montagne, mais nous pourrons, par temps clair, en franchissant le Ménez-Kelc'h, apercevoir le point culminant du Trégorrois, le Méné-Bré. C'est en suivant cette robuste chaussée qui semble chercher à monter toujours plus haut, c'est en étudiant le pays jusqu'à l'horizon, à mesure qu'on avance et qu'on s'élève, que l'on comprend ce qu'est une route stratégique.

En examinant le cadastre de 1849, il apparaît que la route royale ne semble pas correspondre à une voie antique dès qu'elle arrive sur la commune de Cast. Près de Kergaradec, la parcelle D7-1111 semble avoir été coupée par la route royale. Plus au nord, au niveau de Mengleus, la route royale est traversée par une route, puis rejointe par cette dernière, créant une petite parcelle limitée par des routes sur tous ses côtés (D7-1161). A cet endroit, la petite route qui croise puis rejoint la route royale existait avant cette dernière.

Depuis la limite de Quéménéven, le cadastre montre également un chemin qui s'écarte d'environ 100m vers l'ouest de la route royale, avant de la rejoindre 1km plus au nord. Au niveau de Postériot, on observe à nouveau une voie parallèle à quelques dizaines de mètres à l'ouest (parcelles E2-318 et E2-317 appelées "hent bras coz", la vieille grande route, puis C4-392 et C4-391 appelées "an hent meur coz", la vieille très grande route).

Il apparaît que la route royale a été précédée d'une autre. Toufefois, bien qu'elle soit appelée "Hent meur coz" ou "hent bras coz", il n'est pas certain qu'elle soit antique. En effet, la "vieille route" coupe la parcelle E3-595. De plus, sur 500m au nord de cette parcelle, on observe deux virages à 45°.

A 500m au sud-ouest du Menez-Quelc'h, une "vieille route" semble se séparer de la route royale et prendre la direction de Dinéault ("Chemin de Dinéault à Quimper" dans le cadastre de 1849, section C3). Sur la commune de Cast, une voie ancienne parallèle à la route royale apparaît. Elle ne semble pas rejoindre Châteaulin, mais passer plus à l'ouest. Sur le terrain, on peut la suivre sur 500m à partir de la route royale. C'est un chemin abandonné sous les ronces, d'environ 10m de large, bordé d'un seul talus. Après une interruption de 500m, on la retrouve longeant la lisière d'un bois, à 300m l'est du Grannec. Sur 200m, le chemin apparaît en surélévation dans un bois.

Plus au nord, le chemin a disparu dans les landes du Bois de Saint-Gildas. On le retrouve sur la limite de Cast et de Châteaulin, puis sur celle de Cast et de Plomodiern où il est appelé "Grand chemin de Ménéhome" dans le premier cadastre de Cast de 1810.

A propos du "Grand chemin de Ménéhome", il permettait aussi rejoindre vers l'est Trévoallec à la limite de Briec, Cast et Saint-Coulitz. Si l'hypothèse d'un prolongement vers les Montagnes Noires a été émise [11, p. 58], il est plus probable que ce chemin continuait vers Pleyben en franchissant l'Aulne au nord du Vieux-Bourg de Lothey.

Commune de Dinéault

Si le chemin que nous venons de suivre permettait de rejoindre le Ménez-Hom, il est également probable que la branche principale continuait plein nord. En effet, on trouve à 100m à l'est de Pen ar Ménez (commune de Châteaulin) les vestiges d'un chemin en surélévation. Le chemin est également bien visible dans le cadastre de Dinéault de 1810. Dans la continuation du "Grand chemin de Ménéhome", à 1km au sud-est de Ty-Vougeret, on le voit continuer plein nord vers Gouspagn (Gouspaing dans le cadastre), alors qu'une branche part vers le Ménez-Hom en suivant la limite de Cast et de Dinéault (Chemin de St Gildas dans le cadastre)

Près de Gouspagn on trouve le lieu Ménez Justis. Après Gouspagn, le chemin indiqué dans le cadastre fait presque un virage à 90° vers l'ouest pour rejoindre Dinéault. Il est probable qu'à l'origine il continuait tout droit vers la chapelle Saint-Exuper. Cette chapelle Saint-Exuper existait dans la première moitié du XVIe siècle, notamment le vitrail du chevet qui a été transporté au Musée Départemental de Quimper.

Quant aux saints Exupère, il y a Exupère de Vienne sur le Rhône, martyr en 170, en même temps que saint Séverin et saint Félicien. Il y a également Exupère d'Attalia, mort en 127 en Pamphylie (aujourd'hui en Turquie), Exupère, membre de la Légion thébaine, mort en 286, compagnon de saint Maurice, Exupère, premier évêque de Bayeux, mort en 405, Exupère, évêque de Toulouse, mort en 410. Dans le Finistère, l'église de Saint-Thois est dédiée à saint Exupère. Elle date du XVIe siècle. Saint-Thois est mentionné au Xe siècle dans le Cartulaire de Landévennec. En Ille-et-Vilaine, Gahard possédait un monastère Saint-Exupère qui remonterait au VIe siècle. Il est attesté en 1197 (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 360). L'église de Brécé est dédiée à saint Exupère. Elle est attestée en 1158. A Rennes, la chapelle Saint-Exupère est citée dans une charte de 1208. Les dédicaces à saint Exuper semblent dater des environs du XIIe siècle. Il est possible que la chapelle Saint-Exuper de Dinéault a été fondée à cette époque.

En poursuivant vers le nord, on arrive au bord de l'Aulne près de Rozarnou. En face, le cadastre de Logonna-Quimerc'h de 1843 indique un Vieux Passage au sud de Kerancroc'h (feuille 3). A cet endroit, des briques et des fragments de tegulae ont été signalés [6, p. 448].

Signalons qu'à l'extrême ouest de la commune de Dinéault, l'actuelle D247 aboutit au lieu-dit "Le Passage", où un passage routier existait jusqu'au XIXe siècle [12][13]. En face, côté Rosnoën, on peut encore voir une plaque routière du XIXe siècle qui indique "CHEMIN DE GDE COM TION N°47 PLOMODIERN 10K 770 PLONENEZ PORZAY 17K 870 DOUARNENEZ 29K 370 LE FAOU 7K 505".

Conclusion

Une voie antique pourrait exister entre Quimper et le Vieux-Passage de Logonna-Quimerc'h. A la limite de Dinéault, une branche pourrait également se détacher vers le Ménez-Hom. Cette voie pourrait coïncider avec la route royale entre Quimper et Landrévarzec. Entre Landrévarzec et Cast, un itinéraire antique proche de la route royale est possible, mais le tracé exact reste inconnu.

Un embranchement médiéval pourrait se détacher de la voie antique au niveau de Landrévarzec, et assurer une liaison directe entre Quimper et Châteaulin par la chapelle Saint-Vénec, le Moulin du Duc, et le Loc'h.

Du Faou à Landerneau

Du Vieux-Passage de Logonna-Quimerc'h au Faou

Si une voie antique reliait Quimper au Faou, il semble que le seul itinénaire possible soit celui par le Vieux-Passage de Logonna-Quimerc'h.

Le cadastre de 1843 de Logonna-Quimerc'h n'indique pas de chemin partant du Vieux-Passage. Sur le terrain, on trouve sur 500m les vestiges de ce qui semble être un chemin orienté plein nord passant entre Kergadalec et Kerancroc'h. Ce chemin semble passer à quelques dizaines de mètres à l'ouest de Quillaradec, puis continuer vers le nord par Justissou et le Manoir du Bot. On trouve près de Justissou les parcelles appelées "parc an hent meur" (le champ de la grande route, H2-265 et H2-266).

Après le Manoir du Bot attesté en 1426, une "Allée du Bot" rejoint la route de Pont-de-Buis au Faou. Il existe un autre itinéraire à 500m plus à l'ouest qui pourrait arriver au Faou par Pen ar Pavé. On observe dans le cadastre du Faou de 1845 que l'urbanisation dans le bourg du Faou ne s'est pas développée le long de la route royale qui arrive de Pont-de-Buis, mais plus à l'ouest le long d'un axe sud-nord qui arrive de Pen ar Pavé. Une branche qui se détache de cet axe vers l'ouest permet également de rejoindre la Presqu'île de Crozon depuis le Faou ("Chemin du Passage du Folgoët au Faou" dans le cadastre).

En conclusion, bien que l'itinéraire soit incertain, une liaison antique entre le Vieux-Passage et le Faou reste probable.

Du Faou à Daoulas

Comme la route actuelle et la route royale, la voie ancienne devait traverser la rivière du Faou devant l'église.

Deux kilomètres après Le Faou, au niveau de Keromen, la voie ancienne devait s'écarter de la route royale. Le cadastre de 1825 de Hanvec montre que la route royale coupe régulièrement le parcellaire et qu'elle a sans doute été créée au XVIIIe siècle sans avoir été précédée d'une autre. Un chemin reliant le manoir de Kerviler au Faou croise puis rejoint la route royale. Ce chemin montre que la route royale n'a été précédée d'aucune autre à cet endroit.

Le chemin le plus ancien au nord du Faou semble être celui qui rejoint Daoulas par l'Hopital-Camfrout. C'est le seul repérable dans les cadastres du XIXe siècle. Il met en communication trois estuaires.

Vers 1080, l'abbaye de Landévennec possédait un prieuré à l'Hôpital-Camfrout [14]. Il était au service des pèlerins, ce qui indique qu'une voie de communication existait au début du Moyen Age entre l'Hôpital-Camfrout et Daoulas.

L'ancienne route traversait l'estuaire du Camfrout à 80m à l'ouest de la route actuelle, puis suivait l'actuelle D770 à environ 500m à l'est. Elle rejoignait la limite entre Logonna-Daoulas, L'Hôpital-Camfrout et Irvillac. Elle suivait ensuite la limite d'Irvillac pour arriver à Daoulas, à 300m au sud du pont actuel.

De Daoulas à Landerneau

A 200m à l'est du chemin de Plougastel, le cadastre de Daoulas de 1825 indique un "Chemin vicinal de Landerneau". Depuis le champ de foire, ce chemin a une direction nord/nord-est sur 200m, puis vire à 90° vers l'ouest avant de prendre une direction nord/nord-ouest. Il arrive à la Grange où il vire à nouveau de 90° vers le nord-est. Il passe à 200m à l'est de la chapelle Saint-Divy, à 300m à l'est de l'église de Dirinon en suivant une direction nord. Peu après il vire au nord-est et va s'embrancher sur la route royale n°170 à la Croix Neuve, à la limite de Dirinon, Pencran et Landerneau. De là, la route royale rejoint Landerneau en suivant une direction nord/nord-ouest.

Ce chemin n'est vraisemblablement par le plus ancien pour aller de Daoulas à Landerneau. A 400m au nord-est du bourg de Dirinon, avant d'aller s'embrancher sur la route royale en suivant une direction nord-est, un chemin continuait tout droit vers le nord. Il passait à 500m à l'est du château de Lesquivit, puis rejoignait Landerneau en ligne droite par Mont-Dragon. La croix-de-Mondragon et appelée aussi Croas-ar-Romanet et Croix-des Anglais (n°430 dans l'atlas des croix et calvaires du Finistère [15]).

A 200m à l'est de la chapelle Saint-Divy, une série de parcelles appelées "hent meur" dans le cadastre de 1827 indiquent que ce chemin est important et ancien, mais pas nécessairement antique (C3-1160 "issu an hend veur" ; C3-1161 "issu an hend veur pella" ; C3-1163 à C3-1165 "fec an hend veur" ; C3-1166 et C3-1167 "parc bian an hend veur" ; C3-1168 "parc hend veur tosta", C3-1277 "goarem an hend veur").

A un kilomètre au sud de la chapelle Saint-Divy, près de Rest ar C'hi Du, on trouve la parcelle appelée "goarem ar valy", la garenne de l'avenue (C3-1235). En fait, pour rejoindre Landerneau il existait un chemin encore plus ancien que celui vu précédemment. Venant de l'Hôpital-Camfrout, on a vu qu'un chemin arrivait à Daoulas à 300m au sud du pont actuel. Dans le prolongement, on trouve l'actuelle rue Traverse, figurant également dans le cadastre de 1825 de Daoulas. La rue Traverse croise la rue de l'Eglise (rue principale montant vers l'abbaye) au niveau de la maison n°4. Il est a noter que cette maison du XVIe siècle est la plus ancienne de la rue de l'Eglise, et qu'elle n'est pas alignée sur cette dernière, mais sur la rue Traverse. Ainsi la rue Traverse peut être un vestige d'un ancien chemin arrivant de l'Hôpital-Camfrout, lui-même plus ancien que le chemin qui monte à l'abbaye. Dans le prolongement à 100m au nord-est, on a le champ de foire. De là partait le chemin vers la croix des Granges, puis vers Landerneau. La croix des Granges est une croix à dais du XVe siècle. Le cadastre de 1825 de Daoulas indique un autre chemin parallèle à l'est de ce dernier. On peut le suivre encore aujourd'hui. C'est la venelle Kan ar Marc'h qui se prolonge par un sentier jusqu' à la voie express. Au nord de la voie express, on retrouve le chemin sur 200m, sous les broussailles. On perd sa trace au franchissement du ruisseau, sur la commune de Dirinon. A Lézuzan, on retrouve un chemin qui passe près de Rest ar C'hi Du et de la parcelle nommée "goarem ar valy" (garenne de l'avenue, C3-1235). Il passe par Kerpierre, à 150m à l'ouest de la chapelle Saint-Divy, à 100m à l'ouest de l'église de Dirinon, et par le château de Lesquivit. Comme le chemin précédent il rejoint Landerneau par Mont-Dragon.

Parmi les chemins qui relient Daoulas à Landerneau, ce dernier semble être le plus ancien de ceux encore existants. Bien que partiellement disloqué, c'est le seul qui paraît régulier (sans virages prononcés) sur une ligne passant par l'Hôpital-Camfrout, Daoulas et Landerneau. Il s'agit peut-être d'une voie antique.

De Daoulas au passage de Saint-Nicolas

L'hypothèse d'une voie antique a été émise pour le chemin qui relie Daoulas à Plougastel-Daoulas en passant par les fonds d'estuaires, l'anse de Penfoul et l'anse du Moulin-Neuf (Pont Kalleg) [16]. Les cadastres du XIXe siècle montrent que ce chemin est régulier entre Daoulas et Pont Kalleg. Cependant, au voisinage de l'abbaye, le cadastre de 1825 de Daoulas, n'indique aucune possibilité de prolongement direct depuis le chemin qui vient de l'Hôpital-Camfrout. En revanche, vers l'est, le chemin de Saint-Urbain est dans la continuité de cet itinéraire.

A l'ouest de Pont Kalleg, le chemin décrit une large courbe pour prendre une direction nord/nord-est. En arrivant à Difrout, une ligne de parcellaire indique peut-être un prolongement vers Kervenal. On passe à 200m à l'est de la Fontaine Blanche, puis on retrouve dans le cadastre du XIXe siècle de Plougastel-Daoulas un chemin qui mène tout droit au village du Dreff. On se trouve alors à 400m à l'ouest de la chapelle Saint-Jean qui passe pour être une chapelle de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Au environs du Dreff, il y avait un passage sur l'Elorn. Sur la rive nord, à Saint-Nicolas en Guipavas, une croix ancienne indique l'emplacement du passage. Elle est encastrée dans la digue, et noyée à chaque marée. Elle marque le début d'un chemin qui monte vers Guipavas. Une voie présumée romaine pourrait continuer vers le nord, peut-être vers Portsall par Gouesnou, Coat-Méal, Plouguin et Ploudalmézeau [16, p. 131]. Cette voie reste à étudier.

En conclusion, entre Daoulas et Pont Kalleg, on a un chemin très régulier. Entre Pont Kalleg et Saint-Nicolas, on a un chemin qui suit une large courbe pour passer d'une direction plein est à une direction plein nord, ce qui rend son antiquité discutable.

De Daoulas au Passage du Relecq-Kerhuon

Partant de Daoulas, le cadastre de 1825 indique un "Chemin vicinal de Plougastel". Il part de l'église abbatiale côté est en suivant une direction nord-ouest. Il passe Trébéolin sur la commune de Dirinon. A cet endroit, le chemin a disparu mais il apparaît sur le cadastre de Dirinon de 1827. Le franchissement du ruisseau de Penfoul est indiqué à Pont arc'h lauves (?) dans le cadastre de Loperhet de 1827. Le chemin continue en passant à environ 200m au nord de l'église de Loperhet. Il passe Saint-Jacob (Saint-Jacques), puis entre dans la commune de Plougastel-Daoulas et franchit l'Elorn près du Passage.

Un prieuré, dépendant de l'abbaye de l'abbaye de Daoulas, existait dès 1173 au passage de Camfrout au Relecq-Kerhuon [17, p. 41]. Le chanoine Peyron a publié les textes concernant ce passage de Tréisguinec [18, p. 58] :

« Scachez que du commun consentement de notre chapitre et poussés par un motif de charité nous avons donné et accordé à perpétuité et pour en jouir a toujours à l'abaïe de Daoulas les églises de Plougastel, du lieu de Sainte-Brigitte, Loperhet, de Sainte-Monitte (autrement Dirinon), de Saint-Barhane de Saint-Pierre et Sainte Monitte d'Hirvillac, et de la Rose des Moines (autrement la Fontaine Blanche), l'hôpital de Tréisguinec (autrement Camfrout) et la paroisse de Daoulas, la moitié des dixmes de Roscoatmoal et une certaine petite dixme en Irvillac, sauf notre droit épiscopal ...

Les chanoine Peyron signale d'autres mentions de Tréisguinec dont celle-ci  [18, p. 63] :

De mon coté, moi G., évêque, du consentement de mon Chapitre, je donne à la dite abbaye et par affection pour elle, la prébende de Daoulas et de Dirinon, celle de Rumengol, celle de la Rose des moines (1), et la partie de la prébende d'Irvillac que possédait Yves Le Prêtre, je lui concède en outre l'hôpital Saint-Jacques (2) et l'hôpital de Treisguinec (3), nous concédons de plus à perpétuité à l'abbé et aux chanoines de Daoulas de percevoir tous les droits et bénéfices paroissiaux dans ces églises, à la réserve du droit épiscopal.
(1) Rose des moines n'élait autre que la chapelle de la Fontaine blanche, en Plougaslel-Daoulas, comme l'explique notre histoire manuscrite.
(2) L'hôpital Saint-Jacques, dont on voit encore les ruines de la chapelle en Loperhet.
(3) Treisguenet, D. Morice. C'est le prieuré de Camfrout, en Guipavas, au-delà du passage de Plougastel.

L'évêque G., c'est soit Guillaume, évêque de 1192 à 1218, soit Geoffroy, évêque de 1170 à 1185. Quant à la chapelle Saint-Jacques, le chanoine Peyron affirme avoir vu les ruines en 1897. En 1907, l'abbé Roudaut écrit que la chapelle a complètement disparu et qu'il ne reste qu'une seul pierre. Il la situe au village de Lingoual à 1500m au nord-est du bourg de Loperhet. Il affirme qu'elle est dédiée à saint Jagu en remplacement de saint Jacques. On peut se demander si l'affirmation de l'abbé Roudaut est exacte. La dédicace à Saint-Jacques a-t-elle vraiment été remplacée par celle de saint Jagu ? Il faut plutôt situer l'hôpital Saint-Jacques à Saint-Jacob, à 1km à l'ouest du bourg de Loperhet, au bord du chemin qui reliait le Passage de Kerhuon à Daoulas. C'est également ce qu'indique le nouveau répertoire des églises et chapelles [9].

Un autre texte signale au XVe siècle un chemin des pèlerins près de Trezguinec [18, p. 145]:

"Le 7 mai 1478 (3), dans une pièce faite au nom du frère Guillaume, abbé, nous lisons : « Item un parc appelé An-Parc-Meren estant jouxte le chemin venant de Coetbechan au chemin des pèlerins d'un costé et la terre du Sr de Le Heuc de l'autre », près le village de Treizguinec, en Plougastel-Daoulas.
(3) Archives départementales H2

D'après les textes précédents, le chemin des pèlerins est celui qui franchit l'Elorn au Passage de Kerhuon, rejoint Daoulas par l'hôpital Saint-Jacques (Saint-Jacob), et continue vers l'Hôpital-Camfrout.

Conclusion

Un itinéraire antique semble apparaître entre Quimper et Landerneau. Il passe par le Vieux-Passage de Logonna-Quimerc'h, Le Faou, L'Hôpital-Camfrout et Daoulas.

Y. Autret
Janvier 2015 - Juillet 2015 - Janvier 2016 - Février 2016

Références

  1. Dr E. de Halléguen. L'Armorique bretonne, celtique, romaine et chrétienne, ou les origines armorico-bretonnes. Durand. 2 vol, 1865 et 1872.
  2. R. Kerviler. Étude critique sur la géographie de la presqu'île armoricaine au commencement et à la fin de l'occupation romaine. Impr. Prud'homme. 1874.
  3. E. Flagelle. Notes archéologiques sur le département du Finistère. Bulletin de la Société académique de Brest. 1876-77.
  4. Dr Picquenard. L’expansion romaine dans le Sud-Ouest de l’Armorique (Suite et Fin). Société Archéologique du Finistère. 1923. pp. 124-160. En ligne sur http://soc.archeo.dufinistere.org/telechargement/chargerArticle.php?fic=saf1923_0203_0239.pdf
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