La voie ancienne de Saint-Brieuc à Morlaix


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Résumé

Les grandes routes qui ont été créées au XVIIIe siècle sont appelées "routes royales". Jusqu'aux XVIIe siècle, le réseau routier de Bretagne était constitué pour l'essentiel par les anciennes voies romaines. En 1707, les Etats de Bretagne ont voté les premiers crédits pour les grands chemins. La longueur des nouvelles routes ouvertes en Bretagne était de 80 lieues en 1743. Elle passa a 400 en 1753 et a 800 lieues 20 ans après. La lieue de Bretagne faisant 2300 toises, une toise valant 6 pieds, un pied 32,48cm, on arrive à 4483m pour une lieue, et 3500km pour 800 lieues.

En tant que Gouverneur de Bretagne de 1753 à 1768, le Duc d'Aiguillon a joué un rôle majeur dans la construction des nouvelles routes. C'est sous son autorité que fut construite la longue route quasi-rectiligne qui vient de Rennes par St-Brieuc, Guingamp et Morlaix, et continue vers Brest par Landivisiau et Landerneau. C'est la route royale n°12 qui est parfois appelée route d'Aiguillon.

Entre Saint-Brieuc et Morlaix, la route royale n°12 a été précédée d'une autre. En examinant les plans cadastraux du XIXe siècle, on observe à proximité de l'ancienne route royale de Brest à Paris (actuelle D712), des limites de parcelles particulières. Celles-ci ont l'aspect d'une succession d'arcs de cercle à grand rayon, parallèles à la D712, et dont la courbure s'inverse régulièrement. Elles sont les vestiges d'une voie plus ancienne. Cependant, à ce jour, rien ne prouve qu'il s'agit d'une voie romaine.

Dans cet article on va rescencer ces limites de parcellaires. Depuis Yffiniac on les retrouve presque partout à proximité de l'actuelle D712. Cependant, on ne les retrouve plus à l'est de la limite entre Plounévez-Moëdec et Plounérin. A cet endroit il aparaît que la voie ancienne s'infléchit vers le nord. Le chemin qui porte le nom de "Hent bras coz" (la vieille grande route) et "Vieux grand chemin de hent glaz huellan" (chemin vert du haut) dans le cadastre du XIXe siècle, décrit depuis Plounévez-Moëdec une courbe qui prend une direction plein nord. Plus à l'ouest on n'a pas retrouvé de trace certaine de voie ancienne.

Description détaillée de la voie ancienne

Commune de Langueux

La voie romaine de Corseul à Carhaix franchit l'Urne la limite de Yffiniac et de Langueux au lieu-dit le Chemin Noë. Juste après le franchissement, à 50m au sud-ouest de l'actuelle D712 (Route Royale de Paris à Brest, dite route d'Aiguillon), on observe dans le cadastre du XIXe siècle, une branche qui se détache de la voie romaine vers le nord-ouest suivant un angle d'environ 45 degrés. Après 100m, cette branche s'arrête en se raccordant à l'actuelle D712 (ancienne route royale de Brest à Paris). L'existence de cette branche à priori sans utilité, peut être un vestige de voie très ancienne. Cette branche se prolonge vers le nord-ouest en suivant une limite de parcellaire en arc de cercle, proche de la D712, et presque parallèle à celle-ci. La limite de parcellaire rejoint la D712 à Quibidy, passe au sud, laisse à 300m au sud-ouest "Le Château" et "le Chemin des vieux villes" (cadastre Langueux 1847, section C5), rejoint la D712 à la Chesnaie, puis repasse au sud jusqu'au bourg de Langueux. Ensuite la D712 est bien alignée sur le parcellaire jusqu'au pont de Douvenant à la limite de Saint-Brieuc.

Commune de Saint-Brieuc

A partir de la limite de Langueux, la D712 est bien alignée sur le parcellaire. On n'observe plus de limite de parcellaire pouvant faire penser à une voie plus ancienne passant à proximité. On passe "Monte-à-regret" puis la jonction avec la "Grande route de Moncontour" (cadastre Saint-Brieuc 1847, sections C2 et D2). On arrive au Pont de Gouédic (section E2). On observe que c'est à cet endroit que la vallée du Gouédic est la plus facile à franchir. Pour le passage de l'actuelle D712, il a suffi de faire un remblais d'une épaisseur d'environ dix mètres. Plus au nord et plus au sud, l'à-pic atteint 50m et rend la vallée difficilement franchissable.

Après la vallée du Gouédic, on peut suivre ce qui semble être la voie ancienne sur le cadastre de 1847. On passe successivement dans la Rue de Gouédic, la Rue St Guillaume, la Rue Charbonnerie, puis la Grand Rue (section E2). On laisse la cathédrale à 100m au sud pour arriver à la Corderie et au Bois des Rues (section D1). Ensuite l'itinéraire ancien est incertain. Il peut suivre la route royale ou "Grand'route de Brest à Paris" (section D1) par le Point du Jour, Beaulieu, la Croix rouge, et Ville neuve (sections A3/D1, A1/D1). Il peut aussi passer à 500m au sud de la route royale.

Commune de Ploufragan

L'incertitude à l'est de Saint-Brieuc est peut-être infondée. Si on suit le chemin au sud de la route royale de Brest à Paris, on constate qu'il coupe la parcelle 674/698bis (cadastre 1847, section E3). La voie ancienne pouvait correspondre à la route royale, passer la Mare et franchir le Gouët à Saint-Barthélémy. J. Trévédy parle ainsi du franchissement du Gouët à Saint-Barthélémy [7, p.15]:

C'est donc, croyons-nous, dans la commune de Ploufragan, au Sud du viaduc de La Méaugon, qu'il faudrait chercher le passage de la voie romaine sur le Gouët, Un passage semble indiqué, c'est au point où la route de Ploufragan à Saint-Donan touche le Gouët : les rives escarpées partout ailleurs, comme au Pont-des-Iles, à Saint-Barthélemy, près du viaduc de La Méaugon, s'abaissent en ce seul point. Tout auprès sur la route vicinale, se trouve un village nommé les Chaussées, puis un autre nommé Le Gué, deux noms significatifs, comme nous l'avons fait remarquer.

J. Trévédy fait également remarquer que c'est peut-être en suivant cette itinéraire que saint Fracan, père de saint Guénolé, est arrivé à Ploufragan [7, p.15]:

En 465, Fracan débarque au port de Bréhat, près du village des Grèves, dans l'anse d'Yffiniac, « Il est la onzième heure du jour (cinq heures du soir), Aussitôt il parcourt les environs, cherchant un lieu commode », et le trouve, on dirait que c'est le jour même, auprès de Ploufragan. La tradition a marqué ce lieu au Tertre-Jouan. [Cf. Vie de saint Guénolé (fils de Fracan), au Cartulaire de Landevenec. Ed, de M. de la Borderie pour la Soc. Arch. du Finistère, p. 9 et 1O. - Il y a, auprès du Tertre-Jouan , une chapelle dédiée à sainte Guen, femme de Fracan.

En fait le Tertre Jouan et Saint-Guen (écrit au masculin en 1847 et jusqu'à ce jour) se trouvent au bord du Gouët à 4km au sud de Saint-Barthélemy, et à 4km au nord du Chemin Noë (ancienne voie romaine de Corseul à Carhaix). Fracan pouvait aussi suivre la voie romaine de Corseul à Carhaix pour arriver à Ploufragan.

Communes de la Méaugon

Après le passage du Gouët à Saint-Barthélémy, on arrive dans la commune de la Méaugon. D'après J. Trévédy [7, p.16], la voie ancienne rejoindrait le bourg de Plouvara, puis la chapelle des Seignaux, mentionnée en 1225 et voisine d'une mine de plomb. Elle passerait au sud de Chatelaudren pour rejoindre Kerguillerm à l'ouest de Plouagat, à la limite de Saint-Jean-Kerdaniel.

Cet itinéraire ne nous semble pas très assuré dans la mesure où on ne retrouve pas de traces tangibles dans le cadastre du XIXe siècle.

Commune de Trémuson

Venant de Ploufragan, l'actuelle D712 qui correspond à la route royale franchit le Gouët à Saint-Barthélémy, reste 300m sur la commune de la Méaugon, puis franchit un affluent du Gouët, le Merlet, et entre dans la commune de Trémuson pour rejoindre le bourg.

A 500m à l'est du bourg de Trémuson, le parcellaire du XIXe siècle nous indique que l'actuelle D712 peut difficilement correspondre à une voie ancienne en raison de plusieurs coupures de parcelles, notamment à l'est de la parcelle B4-1101. A cet endroit, le parcellaire est trop chaotique pour nous fournir une quelconque information sur un tracé plus ancien. On a une incertitude sur 1km, depuis l'est de cette parcelle jusqu'au Gouët. A l'origine, le Gouët et le Merlet pouvaient être franchis à leur confluent, plutôt que séparément 100m plus au sud comme le fait la D712.

A 500m à l'est du bourg, au Clos Gicquel, on retrouve à 100m au nord de la D712 une limite de parcellaire en arc de cercle parallèle qui semble correspondre à la voie ancienne. Cette limite rejoint la D712 aux CLos Verts, à 500m à l'ouest du bourg. Ensuite la D712 est très bien alignée sur le parcellaire.

Commune de Plerneuf et Plélo

Sur les communes de Plerneuf et Plélo, une succession de limites de parcelles en arcs de cercle proches de la route royale apparaît à nouveau de manière très nette sur les plans cadastraux du XIXe siècle. Depuis la limite de Trémuson, on suit la limite de parcellaire à 50m au sud de la route royale. Elle passe ensuite sur la commune de Plélo en restant à 30m au nord de la route royale, repasse brièvement sur la commune de Plerneuf, revient à Plélo pour passer près de la Fontaine Aurain à 200m au nord de la route royale, revient à nouveau au sud, et continue ainsi jusqu'au bourg de Chatelaudren.

Commune de Châtelaudren

D'après J. Trévédy [6, p. 18], le passage par Châtelaudren ne peut pas être retenu pour une voie romaine:

Quoi qu'il en soit, nous disons que la voie d'Yffiniac à Morlaix ne passait pas à Châtelaudren. Il n'est pas appris que le lieu qu'occupe aujourd'hui la petite ville eût la moindre importance à l'époque romaine; d'autre part, si la vallée au fond de laquelle elle est assise est facilement franchissable pour une voie allant du Sud au Nord, elle présentait de sérieux obstacles au passage de l'Est à l'Ouest. A l'époque romaine, la vallée ne pouvait être qu'un marais où dormait le Leff. Ce marais n'a pu être complètement asséché qu'après la ruine du château, en 1420. C'est alors seulement qu'une chaussée barrant la vallée retint les eaux dans un étang au-dessus de la ville, et qu'au-dessous du déversoir un nouveau lit fut creusé livrant passage au trop plein de l'étang. Les voies romaines ne s'engageaient pas en de pareils passages sans une nécessité absolue.

Cette affirmation n'est pas vraiment compatible avec les découvertes archéologiques [2, p. 68]:

"Dans un jardin, en ville, on découvrit un petit bronze de Constantin. La tradition veut que le château, aujourd'hui détruit, ait remplacé un ancien castrum dont les vestiges auraient été encore visibles à la fin du XVIIIe siècle".

D'après le cadastre de 1837, une voie ancienne passant par Châtelaudren ne parait pas impossible. Elle pourrait arriver par la Rue Bertho, passer près de l'église, suivre la Rue de la Place et la Rue du Croissant, passer devant la chapelle Notre-Dame-du-Tertre, à 100m au sud de la Rue Neuve qui correspond à la route royale. La première mention de la chapelle Notre-Dame date de 1428.

Commune de Plouagat

Comme la route royale, la voie ancienne pouvait franchir le Leff à Pont Barroux. Après Mississipi à 500m à l'ouest du Leff, on observe dans le cadastre de 1828, à 200m au nord de la route royale, une succession de parcelles formant un chemin qui rejoint l'église de Plouagat (B2-600bis, B2-600, B2-611, B2-617, B2-652, B2-659).

A l'ouest de l'église, d'après le cadastre de 1828, il n'existe aucune possibilité de voie ancienne au voisinage de la route royale. La seule possibilité apparaissant dans le cadastre est une continuation vers le sud-ouest pour aboutir près des Cinq-Croix, à la limite de Lanrodec, où arrive également le "Vieux chemin de Quintin à Guingamp".

A ce propos, on pourra noter qu'une voie antique reliant directement Quintin à Guingamp est très improbable. Arrivant de Quintin, une voie ancienne passait par le champ de foire de la butte du Marhalla à Boqueho (ou Marc'hallac'h où se tenait l'une des plus grandes foires de Bretagne, au bord de l'actuelle D24, à 500m à l'est de la limite de Lanrodec). Elle suivait ensuite la limite de Boqueho et de Lanrodec ("Ancien chemin de Quintin à Guingamp" dans le cadastre de Boqueho de 1837). Près des Cinq-Croix, le "Vieux chemin de Quintin à Guingamp" semble rejoindre la voie ancienne reliant Guingamp à Saint-Brieuc. Si tel est le cas, une liaison directe antique entre Quintin et Guingamp est improbable.

Commune de Lanrodec

Si notre hypothèse est exacte, la voie ancienne entre sur la commune de Lanrodec, soit aux Cinq-Croix ce qui la ferait rejoindre le bourg de Lanrodec, soit plus vraisemblablement 200m plus au nord pour prendre la direction de Ville-Neuve ou de Kernévez. Malheureusement, on n'observe rien de notable dans le parcellaire du XIXe siècle et on ne trouve aucune trace de ce qui pourrait correspondre à une voie ancienne à l'ouest de Kersteun.

Plus au nord, on observe au voisinage de la route royale, près de Pont Kermabon, deux parcelles qui forment un chemin parallèle à la route royale (A1-257 et A1-258). Elles peuvent indiquer que la route royale a été précédée à cet endroit d'une route plus ancienne. Toutefois, à l'ouest de Kermabon, cette route supposée rejoint la route royale, puis entre dans la commune de Saint-Jean-Kerdaniel et traverse la parcelle C1-26. A cet endroit, rien n'indique qu'une voie ancienne passait à proximité de la route royale.

Commune de Ploumagoar

On a perdu toute trace de voie ancienne sur la commune de Lanrodec. Cependant, l'archéologie nous fournit peut-être une indication [2, p. 253]:

"A Kerroniou, un gisement de surface d'époque romaine s'étend à proximité d'une enceinte non datée. Une voie antique passe non loin de là, dans le bois de Malaunay: C.A. S.R.A.".

Au sud du bois de Malaunay on distingue ce qui ressemble à un vestige de voie, non pas ancienne, mais antique. A 300m au sud-est de Palais Romain, dans une zone où le sol est plat, on distingue une zone légèrement surélevée en forme de chemin, des pierres remontant en surface. Si depuis Palais Romain on suit cette forme bombée vers le sud-est, elle décrit une courbe dans le bois pour s'orienter à l'est en atteignant la limite de Lanrodec. Sur la commune de Lanrodec, elle se prolonge peut-être par un chemin, puis par un sentier de 2m de large entre talus. A la sortie du bois, à 500m à l'ouest de la Ville-Neuve, le sentier étroit se prolonge par un chemin de 16m de large. Nous sommes à 1400m de Kersteun où nous avions perdu toute trace de voie ancienne.

Avons-nous retouvé la trace d'une voie antique? Seules des fouilles sur le terrain pourraient apporter une réponse.

A l'ouest de Palais Romain, on observe une ligne de parcellaire orientée au nord-ouest qui devient nette aux abords des Grosses Pierres. Une voie ancienne pouvait passer dans les parcelles D2-728, D1-435, D1-433 et D1-419. Après le croisement de la route royale, la ligne de parcellaire se prolonge par un chemin appelé "Vieille grande route" dans le cadastre de 1823 (section C1).

Commune de Saint-Agathon

L'"Ancienne grande route" est à nouveau mentionnée. Elle suit une direction nord-ouest et franchit un affluent du Trieux à "Pont Stang Thomas cos" (section B2 dans le cadastre de 1824) avant de fusionner avec une voie d'apparence antique venant du nord-est (B2-771). Une autre voie venant de Guingamp pourrait effectivement se diriger vers le nord-est, peut-être pour rejoindre Lanvollon. On peut la suivre vers le nord-est par Hent Meur, Pont ar Manac'h et Pen an Allée. On perd sa trace près de la Grand-Ville.

Juste après la jonction avec la voie venant de Hent-Meur, deux branches partent vers Guingamp. La branche sud rejoint la route royale. La branche nord rejoint la limite de Ploumagoar en suivant le chemin de la "Métairie neuve" (section A2) puis la "route de Guingamp à Lanvollon" (section A2). Cette dernière route fournit une indication sur la destination de la voie passant par Hent Meur. La route passant par Hent Meur ne correspondrait-elle pas à une ancienne route de Guingamp à Lanvollon?

Commune de Guingamp

On a deux possibilités pour une voie ancienne arrivant de l'est à Guingamp. Elle peut suivre la limite de Saint-Agathon (route de Guingamp à Lanvollon dans le cadastre de 1823, section B1), puis continuer par la rue St Martin et la rue de la Trinité. Elle peut également suivre la limite de Ploumagoar depuis "parc Scoudou" (section B1), puis les parcelles C1-198, C1-199, C1-200 , C1-248, et la "grande Route de Paris à Brest" par Saint-Julien, la Porte de Carhaix, et Saint-Nicolas.

Ces deux itinéraires se rejoignent à la Porte de Rennes, à 100m au nord-est du château. La ville close a été décrite par B. Jollivet en 1856 [10, p.15]:

"On y pénétrait par quatre portes principales fermées par des herses et ponts levis et chargées de bas reliefs représentant les armes de la maison de Penthièvre. L'une de ces portes ouvrait sur la rue Notre-Dame, route de Paris, une autre sur la rue de la Pompe, route de Pontrieux, une troisième sur la rue des Carmélites, route de Tréguier, et la quatrième sur la rue Saint Michel, route de Brest. Deux autres petites portes destinées aux piétons seulement se trouvaient placées l'une à l'entrée de la venelle du Moulin et l'autre tout près de l'ancien château. Cette dernière, plus moderne que les autres subsiste en partie."

Les fouilles archéologiques de 2004 ont permis de retrouver les traces d'une motte féodale. Construite vraisemblablement au XIe siècle, celle-ci s'élevait à l'angle nord-est du château, à 150m à l'est du Trieux. Elle a été arasée entre le XIIe et le XIVe siècle et une enceinte polygonale a englobé l'ancienne motte. Ce château a été rasé en 1420 sur ordre du duc Jean V, et reconstruit quelques décennies plus tard, vraisemblablement entre 1438 et 1442, par Pierre II, Duc de Bretagne. Au début du XVIIe siècle, le château appartient à César de Vendôme, qui tente de se révolter contre son demi-frère, le roi Louis XIII. Les représailles s'abattent sur les habitants de Guingamp qui doivent raser le château.

Le château du XIVe siècle avait trois tours au sud, face au Trieux. Un passage correspondant à la voie ancienne pouvait exister entre le Trieux et le château. C'est l'actuelle Rue du Grand Trotrieux qui est également mentionnée dans le cadastre de 1823. Passant au sud du château, elle arrivait au Moulin de la Ville (section C1) et le passage du Trieux pouvait se faire à proximité de cet endroit à une époque plus ancienne. Vers l'est, la Rue du Grand Trotrieux arrive au Vally, à l'angle sud-est du château. Elle pouvait se poursuivre vers Saint-Michel, et la Porte de Carhaix qui se trouve à l'extérieur de la ville close médiévale.

La route médiévale quant à elle suivait la Rue Notre-Dame au nord du château, continuait par la Rue Saint-Yves, et traversait le Trieux aux Ponts Saint-Michel.

Commune de Grâces

La voie ancienne devait entrer sur la commune en passant par Gourlan où on retrouve des parcelles en forme de chemin. (A1-285, A1-271, cadastre de 1822). Ensuite elle se confond avec la route royale.

Commune de Plouisy

La voie ancienne semble entrer dans la commune aux Quatre Vents où elle se confond avec la D712 avant de s'en détacher peu après pour passer plus au sud. Une limite de parcellaire disloquée suit la D712 à quelques dizaines de mètres au sud. Elle est nette sur le premier kilomètre, floue sur les 500m suivants. Sur les 500 derniers mètres, la voie ancienne pourrait se confondre avec un chemin rural qui sort de la commune à 200m au sud de la D712, près de Kerrivoalan.

Sur les deux kilomètres de la traversée de la commune, la trace d'une voie ancienne semble bien visible très légèrement au sud de la D712.

Commune de Tréglamus

L'arrivée supposée de la voie ancienne à 200m au sud de la D712 se confirme. Une succession de parcelles en forme de chemin croise la D712 à Croaz Ru (D2-48, D2-46, D2-42, D2-45, D2-43 dans le cadastre de 1838) avant de suivre un tracé parallèle à cette dernière à 200m au nord (D2-118, D1-122bis, D1-123, C1-49, C1-81). La voie ancienne pourrait ainsi passer à 400m au sud de la Ville Neuve, à 200m au nord de Cosquer, à 200m au nord de Lann Ru, à 100m au sud des parcelles Coz Parcou (les vieux champs, cadastre de 1838, section C1). Elle pourrait rejoindre la D712 à Rumen, Rumain dans le cadastre de 1838, à la limite de Pédernec.

Plus à l'ouest, une limite de parcellaire indique qu'une voie ancienne pouvait faire une brève incursion dans la commune de Pédernec en passant légèrement au nord de la D712. Après le Croissant (cadastre 1818), on revient à Tréglamus pour suivre une limite de parcellaire au sud de la D712. On passe à 50m au sud de la D712 et du Pont de Pavidir (section A1). Le terme Pavidir, pavé d'acier, ne semble pas ici s'appliquer à une voie antique, mais plutôt à la route royale du XVIIIe siècle, actuelle D712. A Croas Nevez on repasse au nord de la D712 tout en suivant des limites de parcellaire. On suit une succession de parcelles en forme de chemin pour arriver à Pont Jaudy à la limite de Pédernec (A1-169, A1-173, A1-189).

Pédernec

Depuis Pont Jaudy, on suit sur 500m au sud de la D712 une succession de parcelles en forme de chemin (D4-1286, D4-1287, D4-1220 dans le cadastre de 1818). Dans le prolongement on trouve un chemin appelé "Vieille grande route" (section D4). Ce dernier croise la D712 à "Hent Guer Meur" et rejoint la limite de Louargat à 200m au nord de la D712.

Louargat

On suit la Vieille Grande Route qui longe la D712 à 400m au nord (cadastre 1838, section C5). Elle se prolonge par le "Chemin de la Montagne de Brée" qui rejoint la D712 près d'une parcelle appelée "Parc an hent bras coz" (champ de la vieille grande route). Après le bourg, on retrouve à 200m au nord de la D712 la "Vieille Route de Brest à Paris" qui passe devant la chapelle Saint-Paul avant de rejoindre la D712 juste avant la limite de Belle-Isle-en-Terre.

Belle-Isle-en-Terre

Depuis "hent Parc coz" (chemin du vieux champ) à la limite de Louargat, on trouve une parcelle en forme de chemin, à 50m au sud de la D712 (cadastre de 1838, B1-28). Après le croisement de la D712, on trouve une limite de parcellaire en arc de cercle très proche de la D712. A l'approche du bourg, un éventuel itinéraire ancien devient incertain.

Plounévez-Moëdec

Dès la limite de Belle-Isle-en-Terre franchie, on retrouve à 50m au nord de la D712 une succession de parcelles en forme de chemin (cadastre de 1834 A2-734, A2-731, A2-726, A2-710). La ligne de parcellaire passe brièvement au sud de la D712 à Pont Helou, repasse au nord et revient au sud jusqu'au bourg (succession de parcelles en forme de chemin A1-292, F1-27, F1-49, F1-4, F1-3).

La ligne de parcellaire s'interrompt dans le bourg. On trouve dans son prolongement le chemin appelé "hent bras coz" (vieux grand chemin) sections E1). qui croise la route nord-sud a appelée "Chemin de Méné croix Jean au Moulin à papier de Traouarihi" (section E1/D2). Cette dernière est supposée correspondre à la voie romaine de Carhaix à Lannion par certains auteurs, notamment parce qu'elle se prolonge vers "Pavédir" (le pavé d'acier). Cependant, comme nous venons de le voir sur la commune de Tréglamus, il se pourrait que le terme "Pavédir" puisse aussi s'appliquer à une route du XVIIIe siècle.

A un kilomètre de la limite de Plounérin, le "hent bras coz" se prolonge par le "Vieux grand chemin de Hent Glas huellan" (chemin vert du haut, section D1). Ce dernier décrit une courbe vers le nord et suit la limite de Plounérin. Il croise la D712 à 300m à l'ouest de Kermanac'h et continue en suivant une direction plein nord. Ce chemin est encore praticable et sa largeur entre talus atteint régulièrement 16m.

Le tracé de la voie romaine de Carhaix à Lannion est bien assuré entre Carhaix et la forêt de Beffou sur la commune de Loguivy-Plougras (chemin du Pavé). Plus au nord, il est hypothétique. Un itinéraire a été envisagé par le Vieux-Marché. On s'aperçoit ici qu'il pourrait également passer plus à l'ouest. La voie venant de Carhaix pourrait se joindre à une autre voie venant de Saint-Brieuc, la jonction pourrait se faire près de Keramanac'h au bord de la D712.

Conclusion

Entre Yffiniac et Plounévez-Moëdec on peut suivre à proximité immédiate de l'ancienne route royale n°12, des limites de parcelles qui mises bout à bout, ressemblent à un ancien chemin parallèle. Ces limites de parcelles peuvent être observées de manière quasi continue sur plus de 50km. Une voie ancienne a bien existé à proximité de la route royale. Cependant, rien ne prouve qu'il s'agit d'une voie romaine.

Y. Autret
Mars 2014. Révision en avril 2014.

Références

  1. J. Gaultier du Mottay. Recherches sur les voies romaines du département des Côtes-du-Nord. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord. Appendice tome V 1867.
  2. Carte archéologique de la Gaule Côtes-d'Armor 22. C. Bizien-Jaglin, P. Galliou, H. Kerébel. Maison des Sciences de l'Homme. Paris 2002. 408 pages En ligne sur http://books.google.fr/books/about/Carte_arch%C3%A9ologique_de_la_Gaule.html?id=W3GdGS5nyzQC.
  3. Carte archéologique de la Gaule Finistère 29. P. Galliou. Maison des Sciences de l'Homme. Paris 2010. 495 pages
  4. Cadastre ancien. Archives départementales des Côtes d'Armor En ligne sur http://archives.cotesdarmor.fr, rubrique "Archives en ligne, Plans anciens".
  5. Cadastre napoléonien. Archives départementales du Finistère En ligne sur http://archives-finistere.fr
  6. Les voies romaines des Côtes d'Armor, site de P. Saint-Marc. Guingamp-Morlaix. En ligne sur http://voiesromaines-22.e-monsite.com/
  7. La voie romaine de Saint-Brieuc à Morlaix. J. Trévédy. Imprimerie-Librairie-Lithographie Réné Prud'homme. Saint-Brieuc 1897.
  8. A. Stéphany. Recherche des itinéraires antiques dans le triangle Carhaix-Lannion-Morlaix. Mémoire de Maîtrise. Université de Bretagne Occidentale. Juin 1998. Ce document peut être consulté au Centre de Recherche Bretonne et Celtique (CRBC, http://portailcrbc.univ-brest.fr).
  9. Voies et monuments autour du Vieux-Marché, site infobretagne.com. En ligne sur http://www.infobretagne.com/monument.htm
  10. B. Jollivet. Les Côtes-du-Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes du département. Tome III. Guingamp 1856. En ligne sur http://books.google.fr/books?id=GvNAAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
  11. Le Château de Guingamp édifié par Pierre II (XVème siècle), site infobretagne.com. En ligne sur http://www.infobretagne.com/guingamp-chateau.htm

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