La voie romaine de Corseul à Avranches


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Résumé

A l'est de Corseul, on peut suivre plusieurs voies romaines d'importance variable se dirigeant vers l'est, le nord-est et le sud-est.

Nous décrivons ici la voie qui mène à Avranches.

Description détaillée

La voie au départ de Corseul jusqu'à Coëtfinet à 3.5km à l'est

Au départ de Corseul, il est généralement admis que les voies de Rennes et d'Avranches étaient réunies et suivaient un itinéraire très proche de l'actuelle D794. Cette affirmation se base sur une coupe de la voie observée dans la parcelle AB119 [4, p. 125]. Cette parcelle se trouve à 600m à l'est de l'église, au croisement de la rue de la Ville Deneu. A notre connaissance, il n'existe aucun élément prouvant que la voie continuait de suivre la D794 à l'est de la parcelle AB119. On doit donc rester prudent sur les premiers kilomètres de la voie.

A 300m à l'est de la parcelle AB119, le cadastre de Corseul de 1827 mentionne un "Ancien chemin de Corseul à Quévert" qui rejoint Quévert en passant à 1km au nord de la D794. Ce chemin coupe la voie d'Avranches à la Ville-ès-Denis où cette dernière est bien attestée. Si ce chemin est médiéval, on peut se demander pourquoi on l'a construit s'il existait déjà une voie romaine entre Corseul et la Ville-ès-Denis. Cet ancien chemin de Corseul à Quévert mériterait d'être étudié plus en détail. Il semble se prolonger vers Dinan où il arrive par le "Chemin des Cordiers". Ce chemin pourrait-il être pré-romain?

Au départ de Corseul, un itinéraire proche de la D794 serait étrange pour une voie romaine. La voie romaine passe en amont du confluent des ruisseaux du Val de Gravel et de l'Hôtellerie. De plus elle passe au milieu des sources de Saint-Uriac.

Il faut également tenir compte de la voie de Corseul à Rieux au départ de Corseul. Elle a pu être observée par M.A. Ramé en 1865. Les notes de terrain ont été publiées par J.-P. Pincemin [4, p. 29]. M.A. Ramé a pu observer une série de tronçons bien conservés entre Corseul et Pellan à 2,5km au sud-est. Ceci nous permet de reconstituer l'itinéraire au départ de Corseul par la Tourandais et Pellan. Un examen sur le cadastre de 1827 montre que cette voie s'est manifestement détachée d'une autre voie. Le cadastre de 1827 montre un chemin reliant Corseul à Saint-Uriac par la Tourandais. Au niveau de la Tourandais, un premier chemin semble se détacher vers le sud pour rejoindre Léhon en suivant la limite nord d'Aucadeuc. Toujours au niveau de la Tourandais, un second chemin semble à nouveau se détacher vers le sud pour rejoindre Pellan. C'est la voie de Corseul à Rieux.

On émet donc l'hypothèse (qui reste à confirmer) que les voies de Rieux, Rennes et Avranches pouvaient être confondues au départ de Corseul.

La voie entre Coëtfinet et la Rance

Au départ de Corseul, le tracé nous parait incertain jusqu'à Coëtfinet à 3,6km au sud-est. A l'est de Coëtfinet vers le nord-est, le tracé est beaucoup mieux assuré. La voie est bien conservée et aujourd'hui utilisée comme chemin de randonnée (GRP Tour du Poudouvre) jusqu'au lieu-dit Mi-tasse, à la limite de Taden. Sur cette section, elle est appelée dans le cadastre de 1843 de Quévert, "Chemin de Létra, ancienne voie romaine". Les fouilles archéologiques ont montré qu'il s'agissait d'une véritable voie romaine.

A Mi-tasse, en arrivant sur la commnune de Taden on note un changement de direction vers le nord-est, puis un second vers l'est, au niveau du village du Parc. La voie romaine passerait par la Grand-Ville et la Haye pour traverser la Rance à l'Asile des Pêcheurs [2]. Le cadastre de 1843 de Taden mentionne un "Chemin de Létra ou ancienne voie romaine" aboutissant à l'Asile des Pêcheurs (section D5). Un autre itinéraire est également possible à 1km plus au nord par le Bourg Neuf, la Mettrie, puis après le passage de la Rance, la Vieuville et le Petit Osier. Ces itinéraires sont fragmentaires dans le cadastre de 1843 de Taden et il est difficile d'en tirer des conclusions. On doit rester prudent sur le tracé entre Mi-tasse et la Rance. Les itinéraires indiqués sont incertains. Cependant, deux points de franchissement de la Rance semblent exister à Taden à l'époque romaine, à l'Asile des Pêcheurs, et au sud-est du Bourg Neuf [2].

La voie entre la Rance et Dol-de-Bretagne

Après le passage de la Rance, sur les communes de Lanvallay, Saint-Hélen et La Vicomté-sur-Rance, la voie est confondue ou très proche de la D795.

En arrivant sur la commune de Pleudihen-sur-Rance, il y a une incertitude sur 5km jusqu'au Vieux Bourg sur la commune de Miniac-Morvan. Un itinéraire nord est possible par l'Hôtellerie, l'Hôpital et la Madeleine. Un itinéraire sud très proche de la D795/D676 est également possible par la Ville Blanche. L'itinéraire nord évite un affluent du ruisseau de Coëtquen. A l'est du Vieux Bourg, l'itinéraire est mieux assuré et proche de la D676 jusqu'au ville de la Barre sur la commune de Plerguer. Ensuite, la voie rejoint le bourg de Baguer-Morvan par le Désert, la Chapelle, et la Touche.

La voie à l'est de Dol-de-Bretagne

Après Baguer-Morvan, la voie suit la limite entre Dol-de-Bretagne et Baguer-Morvan, puis la limite nord de la Boussac et de Pleine-Fougères. Le franchissement primitif du Couesnon se faisait vraisemblablement au nord de Pontorson. D'après [3 p. 48], il se faisait près du village du Pas-au-Boeuf, à 2,5km au nord de Pontorson. Cependant, cette hypothèse ne semble pas compatible avec la direction de la voie qu'on vient de suivre sur la limite nord de Pleine-Fougères jusqu'au sud du bourg de Sains. Il faudrait peut-être rechercher un passage du Couesnon un peu plus au sud, dans le prolongement d'une ligne passant les villages de la Haye (commune de Saint-Georges de Gréhaigne) et les Milardières (commune de Moidrey).

Y. Autret
Août 2013.

Références

  1. J. Gaultier du Mottay. Recherches sur les voies romaines du département des Côtes-du-Nord. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord. Appendice tome V 1867.
  2. L. Langouët. La voie romaine Fanum-Martis-Reginca et son insertion dans le paysage. Les Dossiers du Ce.R.A.A. n°24. Centre Régional d'Archéologie d'Alet. 1996.
  3. P. Banéat. Etude sur les voies romaines d'Ille-et-Vilaine. Buletin de la Société Archéologique d'Ille-et-Vilaine. Tome LIV. 1927 pp. 3-82
  4. Carte archéologique de la Gaule Côtes-d'Armor 22. C. Bizien-Jaglin, P. Galliou, H. Kerébel. Maison des Sciences de l'Homme. Paris 2002. 408 pages
  5. Une voie ancienne méconnue entre Corseul et Saint-Jouan-de-l'Isle, segment probable de la liaison transpéninsulaire Corseul-Rieux. J.-P. Pincemin. Les Dossiers du Centre Régional Archéologique d'Alet. n°13. 1985. p 17-36.

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